Etudes

Doctrine/2




La foi


James E. Talmage (1862-1933)

Président de l'université d'Utah de 1894 à 1897
Membre du collège des Douze de 1911 à 1933

  
      La nature de la foi. - Le sens prédominant dans lequel le terme foi est employé dans toutes les Écritures est celui d'une confiance et d'une fidélité totales envers l'être, les buts et les paroles de Dieu. Une telle confiance, si elle est implicite, enlève tout doute à l'égard de ce que Dieu accomplit ou promet, même si ces choses ne sont pas apparentes aux sens ordinaires des mortels ni explicables par eux. De là cette définition de la foi donnée par Paul : « Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on ne voit pas » (Hébreux 11:1). Il est clair qu'un tel sentiment de confiance peut varier en degré selon les personnes. En effet, la foi peut se manifester depuis la première phase qui n'est guère plus qu'une faible croyance, à peine exempte d'hésitation et de crainte, jusqu'à la force de la confiance inébranlable, qui défie le doute et les sophismes.

      Croyance, foi et connaissance. - Les termes foi et croyance sont parfois considérés comme synonymes ; néanmoins, chacun d'eux a un sens bien particulier dans notre langue, quoique l'on n'ait fait, autrefois, que peu de distinction entre eux ; c'est pourquoi les deux termes sont employés interchangeablement dans beaucoup de passages scripturaux. La croyance, dans un de ses sens reconnus, peut consister en un simple assentiment intellectuel, tandis que la foi implique le genre de confiance et de conviction qui poussent à l'action. La croyance est un assentiment mental à la véracité ou à la réalité d'une chose, cependant elle exclut, dans ce type d'assentiment, l'élément moral de responsabilité qui est inclus dans la foi. La croyance est, dans un sens, passive, un accord ou une acceptation seulement. La foi est active et positive, comprenant l'assurance et la confiance qui mènent aux oeuvres. La foi au Christ est la croyance en lui combinée à une confiance totale en lui. On ne peut pas avoir la foi sans la croyance ; cependant on peut croire et malgré tout manquer de foi. La foi est une croyance vivifiée, animée, vivante.

      Il existe certainement une grande différence de degré entre les deux, même si l'on n'admet pas une distinction essentielle en espèce. Comme nous allons maintenant le démontrer, la foi en la Divinité est essentielle au salut ; c'est, en vérité, un pouvoir sauveur qui mène celui qui le possède dans les sentiers de la sainteté, tandis que la simple croyance en l'existence et aux attributs de la Divinité ne possède pas ce même pouvoir. Notez les paroles de Jacques (voir Jaques 2:19), dans son épître générale aux saints où il réprimande ses frères pour certaines professions creuses. En substance, il dit : Vous vous complaisez avec orgueil à proclamer votre croyance en Dieu, vous vous vantez de ce que vous vous distinguez des idolâtres et des païens parce que vous acceptez un seul Dieu ; vous faites bien de le proclamer et de le croire ; mais, souvenez-vous-en, d'autres font de même ; même les démons croient ; et si fermement qu'ils tremblent à la pensée du sort que leur croyance leur fait voir clairement. Satan et ses disciples croient au Christ ; et leur croyance se monte à une connaissance de ce qu'il est, de ce qui constitue son rôle passé, présent et futur dans le plan divin de l'existence et du salut des hommes. Rappelez-vous le cas de l'homme possédé par des mauvais esprits, dans le pays des Gadaréniens, homme si cruellement tourmenté qu'il était la terreur de tous ceux qui l'approchaient. On ne pouvait ni le dompter ni le lier ; les gens avaient peur de s'approcher de lui. Cependant, lorsqu'il vit le Christ il courut l'adorer, et l'esprit pervers qui était en lui implora la miséricorde de ce Juste, l'appelant « Jésus, Fils du Dieu Très-Haut » (Marc 5:1-18 ; aussi Matt. 8:28-34). Une autre fois, dans la synagogue de Jérusalem, un esprit impur implora Jésus de ne pas employer son pouvoir, lui disant, dans son angoisse : « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu » (Marc 1:24). Une autre fois, Jésus était suivi d'une foule composée de gens d'Idumée, de Jérusalem, de Tyr et de Sidon ; il y en avait beaucoup parmi eux qui étaient possédés de mauvais esprits, et ceux-ci, lorsqu'ils virent le Christ, se mirent à genoux devant lui, s'écriant : « Tu es le Fils de Dieu » (Marc 3:8-11). Y eut-il jamais croyant mortel qui confessa plus franchement sa connaissance de Dieu et du Fils de Dieu que le firent ces serviteurs de Satan ? Satan connaît Dieu et le Christ ; il se souvient peut-être du rang qu'il occupait jadis lui-même en tant que Fils du Matin (voir D&A 76:25-27) ; cependant, avec toute cette connaissance, il est toujours Satan. Ni la croyance, ni la connaissance réelle, qui lui est supérieure, ne suffisent pour sauver ; car aucune n'est la foi. Si la croyance est le fruit de l'esprit, la foi est le fruit du cœur ; la croyance est fondée sur la raison, et la foi, en grande partie, sur l'intuition.

      Nous entendons souvent dire que la foi est une connaissance imparfaite ; que la première disparaît lorsque la seconde prend sa place ; que maintenant nous marchons par la foi, mais qu'un jour nous marcherons à la lumière sûre de la connaissance.

      Dans un sens cela est vrai ; cependant il faut se rappeler que la connaissance peut être aussi morte et improductive en bonnes oeuvres que la croyance sans foi. Ces confessions des démons, que le Christ était le Fils de Dieu, reposaient sur la connaissance ; cependant cette grande vérité qu'il connaissaient, ne changea pas leur mauvaise nature. Quelle différence entre leur témoignage du Sauveur de celui de Pierre qui, à la question du Maître : « Qui dites-vous que je suis ? » répliqua en se servant pratiquement des mots employés par les esprits impurs, que nous avons cités plus haut : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:15,16 ; voir aussi Marc 8:29 ; Luc 9:20) ! La foi de Pierre avait déjà montré son pouvoir vivifiant ; elle l'avait fait quitter beaucoup de ce qui lui avait été cher, suivre son Seigneur au milieu des persécutions et des souffrances, et délaisser les attraits de la mondanité avec ses fascinations pour la piété pleine de sacrifice que sa foi rendait tellement désirable. La connaissance qu'il avait que Dieu était le Père et que le Fils était le Rédempteur, n'était peut-être pas plus grande que celle des esprits impurs ; mais, tandis que pour eux cette connaissance ne faisait qu'ajouter à leur condamnation, pour lui elle était un moyen de salut.

      La simple possession de la connaissance ne donne aucune assurance qu'il en résultera un bénéfice quelconque. On raconte qu'au cours d'une épidémie de choléra dans une grande ville, un savant prouva, à sa propre satisfaction, par des tests chimiques et microscopiques, que l'eau de distribution était infectée, et que c'était elle qui répandait la contagion. Il proclama le fait dans toute la ville et mit tout le monde en garde contre l'emploi d'eau non bouillie. Beaucoup de gens, bien qu'incapables de comprendre ses méthodes de recherche, et encore moins de répéter ses expériences eux-mêmes, eurent foi en ses paroles d'avertissement, suivirent ses instructions, et échappèrent à la mort, à laquelle succombèrent leurs concitoyens insouciants et incrédules. Leur foi était une foi salvatrice. Pour le savant lui-même, cette vérité, qui avait sauvé tant de vies était une affaire de connaissance. Il avait réellement perçu, sous le microscope, l'existence de germes mortels dans l'eau ; il avait prouvé leur virulence ; il savait de quoi il parlait. Néanmoins, dans un moment d'oubli, il but de l'eau qui n'avait pas été stérilisée ; il mourut peu après, victime de l'épidémie. Sa connaissance ne le sauva pas, aussi convaincante qu'elle fût, cependant d'autres, qui ne s'appuyaient que sur leur confiance ou leur foi en la vérité qu'il avait déclarée, échappèrent à la destruction qui les menaçait. Il avait la connaissance, mais était-il sage ? La connaissance est à la sagesse ce que la croyance est à la foi, l'une un principe abstrait, l’autre une application vivante. Ce n'est pas la possession seulement, mais bien le bon emploi de la connaissance qui constitue la sagesse.

      La fondation de la foi. - Fondamentalement, et dans le sens théologique, nous considérons la foi comme une confiance vivante et inspirante en Dieu et le fait d'accepter sa volonté comme notre loi et sa parole comme guide de notre vie. La foi en Dieu est possible seulement lorsque nous apprenons qu'il existe et en outre qu'il est un Être dont la personnalité et les attributs sont dignes.

      C'est sur une telle connaissance de l'existence de Dieu, de la dignité de sa nature et de la perfection de ses attributs, que se fonde la foi de l'homme en l'Être suprême. La foi en Dieu ne peut exister en l'absence de toute connaissance à son sujet. Cependant, même les païens enténébrés jouissent de certains fruits de la foi, car ils ont au moins la conviction innée qui provient de l'intuition naturelle de l'homme qu'il existe un pouvoir suprême. Dans chaque âme humaine, même dans celle du sauvage, se trouve une base pour la foi, quelque réduite et imparfaite que les ténèbres de l'hérédité ou du péché volontaire l'aient rendue. La foi du païen peut être faible et imparfaite, car ses capacités de reconnaître les preuves sur lesquelles repose la croyance en Dieu peuvent être bien limitées. Bien que les premiers élans de foi vers Dieu puissent être l'effet d'une intuition naturelle, le développement ultérieur de cette foi sera, en grande partie, le résultat d'un examen et d'une recherche de la vérité, effectués avec impartialité et dans l'esprit de prière.

      La vraie foi jaillira de preuves dignes de confiance correctement interprétées ; les faux raisonnements ne peuvent engendrer qu'une foi déformée et mal placée. Nos conclusions au sujet de toute question examinée seront influencées, dans une grande mesure, par le nombre et la crédibilité des témoins, ou par le poids des preuves lorsque nous nous livrons nous-mêmes à l'enquête. Aussi improbable qu'une déclaration puisse nous paraître, si des témoins, en qui nous avons confiance, en affirment la véracité, nous sommes enclins à l'admettre comme vraie, du moins provisoirement. Si de nombreux témoins dignes de foi apportent leur témoignage, et si, de plus, des preuves collatérales apparaissent, nous pouvons considérer le fait déclaré comme prouvé. Néanmoins, nous serons toujours incapables d'affirmer la véracité du fait en question par expérience personnelle jusqu'à ce que nous ayons vu de nos propres yeux et entendu de nos propres oreilles, jusqu'à ce que, en fait, chacun de nous soit devenu un témoin digne de foi par son observation personnelle. Illustrons : Relativement peu de citoyens des États-Unis ont visité le siège du gouvernement. Les masses ne connaissent rien du Capitole, ni de la Maison Blanche, ni des immeubles d'importance et d'intérêt national, de par leur observation personnelle. Très peu de gens ont rencontré personnellement le président des États-Unis, qui y réside. Comment tous ceux qui n'ont rien vu de tout cela connaissent-ils la ville de Washington, le Capitole et le président ? Par le témoignage des autres. Ils peuvent avoir, parmi leurs connaissances, des gens qui se sont rendus à Washington et dont ils acceptent les déclarations comme vraies. Ils ont certainement écouté ou lu les descriptions de ceux qui y sont allés eux-mêmes. Alors ils apprennent que des lois y sont créées et que des décrets sont émis du siège de la nation. Leurs études à l'école, les cartes géographiques et les livres qu'ils ont employés et beaucoup d'autres incidents ajoutent aux preuves, qui deviennent bientôt décisives. Leurs déductions se multiplient, et se développent en une conviction positive. Ils acquièrent la foi en l'existence d'un centre de gouvernement national et le respect envers les lois qui en émanent.

      Prenons une autre illustration : Les astronomes nous disent que la terre appartient, avec certaines étoiles, à un certain ordre ; qu'elle est l'une d'une famille de planètes qui tournent autour du soleil en orbites concentriques ; et que quelques-unes de ces planètes ont de nombreuses fois la dimension de notre globe. Nous pouvons ne pas être versés dans les méthodes de calcul et d'observation de l'astronomie et nous pouvons, par conséquent, être incapables de vérifier, par nos propres moyens, la véracité de ces déclarations. Mais nous trouvons une telle masse de preuves, résultats des témoignages concordants de ceux dont les connaissances et les talents scientifiques nous inspirent confiance, que nous acceptons leurs conclusions comme prouvées.

      De même, au sujet de l'existence, de l'autorité et des attributs de Dieu, les témoignages d'un grand nombre d'hommes saints dans les temps anciens et modernes - de prophètes dont la crédibilité est établie par l'accomplissement de leurs prédictions - nous sont parvenus, déclarant à l'unisson ces vérités solennelles, et la nature fournit, de toutes parts, un témoignage concordant. Rejeter une telle évidence sans la réfuter, c'est, ignorer les méthodes les plus approuvées d'examen et de recherche connues de l'homme. Le développement de la foi à partir de l'évidence est illustrée par ce qui se passa lors d'une certaine fête de Pentecôte, au cours de laquelle des milliers de Juifs, imbus de l'opinion préconçue que Jésus était un imposteur, entendirent le témoignage des apôtres et furent témoins des signes qui accompagnèrent ce témoignage. Trois mille d'entre eux furent convaincus de la vérité et devinrent disciples du Fils de Dieu, leur préjugé faisant place à la croyance, et la croyance se transformant en foi, avec les oeuvres qui l'accompagnent (voir Actes, chapitre 2). La fondation de la foi en Dieu est donc une croyance sincère en lui ou une connaissance de sa personne, croyance ou connaissance reposant sur les preuves et le témoignage.

      La foi est un principe de pouvoir. - Au sens large, la foi - l'assurance de choses que nous espérons et la démonstration de choses que nos sens ne peuvent discerner - est le principe moteur qui pousse les hommes aux résolutions et aux actes. Sans l'exercice de la foi, nous ne ferions aucun effort dont les résultats seraient futurs ; sans la foi qu'il récoltera en automne, l'homme ne planterait pas au printemps ; il n'essayerait pas non plus de bâtir s'il n'avait pas confiance qu'il terminerait le bâtiment et jouirait de son usage ; si l'étudiant n'avait pas la foi qu'il lui serait possible de poursuivre ses études avec succès, il ne suivrait pas ses cours. La foi devient ainsi pour nous la fondation de l'espérance, d'où jaillissent nos aspirations, nos ambitions, et notre confiance en l'avenir. Enlevez la foi de l'homme en la possibilité de tout succès désiré et vous le privez de ce qui le pousse à l'effort. Il n'étendrait pas la main pour saisir s'il ne croyait pas en la possibilité de se procurer la chose vers laquelle il tend la main. Ce principe devient donc la force motrice qui détermine les hommes à lutter pour exceller, et à supporter souvent des vicissitudes et des souffrances pour parvenir à leur but. La foi est le secret de l'ambition, l'âme de l'héroïsme, le pouvoir moteur de l'effort.

      L'exercice de la foi est agréable à Dieu, et c'est par cela que l'on peut obtenir son interposition. C'est par la foi que les Israélites, au cours de leur exode d'Égypte, suivirent leur chef sur le lit de la mer Rouge ; et par l'action protectrice de Dieu que cette foi attirait, ils furent sauvés, tandis que les Égyptiens rencontraient la destruction en essayant de les suivre (voir Exode 14:22-29 ; Hébreux 11:29). Avec une confiance pleine et entière dans les instructions et les promesses de Dieu, Josué et ses intrépides soldats mirent le siège devant Jéricho ; et les murs de cette ville pécheresse tombèrent devant la foi des assiégeants, sans l'usage de béliers ou d'autres engins de guerre (voir Josué 6:20 ; Hébreux 11:30). Par le même pouvoir, Josué reçut l'aide des luminaires du ciel tandis qu'il travaillait à sa victoire contre les Amorites (voir Josué 10:12). Paul nous cite également (voir Hébreux 11:32-34) les exemples de Gidéon (voir Juges 6:11), de Barak (voir Juges 4:6), de Samson (voir Juges 13:24), de Jephthé (voir Juges 11:1 ; 12:7), de David (voir 1 Samuel 16:1,13 ; 17:45), de Samuel (voir 1 Samuel 1:20 ; 12:20), et des prophètes « qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l'épée, guérirent de leurs maladies ». C'est par la foi qu'Alma et Amulek furent délivrés de leur captivité lorsque les murs de leur prison s'écroulèrent (voir Alma 14:26-29 ; voir aussi Éther 12:13). C'est par la foi que Néphi et Léhi (voir Hélaman 5:20-52 ; voir aussi Éther 12:14), fils d'Hélaman, furent protégés de leurs ennemis lamanites par le feu, au milieu duquel ils furent préservés sans la moindre brûlure ; et un plus grand miracle encore s'accomplit dans le cœur de leurs persécuteurs, car ceux-ci reçurent la lumière et se repentirent. Sous l'action de la foi, les vagues mêmes de la mer peuvent être domptées (voir Matthieu 8:23-27 ; voir aussi Marc 4:36-41 ; Luc 8:22-25 ; Matthieu 14:24-32 ; Marc 6:47-51 ; Jean 6:16-21) ; les arbres sont soumis à la voix de celui qui commande par la foi (voir Matthieu 21:17-22 ; voir aussi Marc 11:12-14, 20-24 ; Luc 17:6 ; Jacob 4:6) ; les montagnes peuvent être déplacées pour l'accomplissement de buts justes (voir Matthieu 17:20 ; 21:21 ; voir aussi Marc 11:23,24 ; Éther 12:30 ; Jacob 4:6) ; les malades peuvent être guéris (voir Luc 13:11-13 ; 14:2-4 ; 17:11-19 ; 22:50,51 ; voir aussi Matthieu 8:2,3,5-13,14,15,16, etc.), les mauvais esprits chassés (voir Matthieu 8:28-32 ; 17:18 ; voir aussi Marc 1:23-26, etc.) et les morts ramenés à la vie (voir Luc 7:11-16 ; voir aussi Jean 11:43-45 ; 1 Rois 17:17-24 ; 3 Néphi 7:19 ; 19:4 ; 26:15). Tout s'accomplit par la foi (voir Matthieu 17:20 ; voir aussi Marc 9:23 ; Éphésiens 6:16 ; 1 Jean 5:4 ; D&A 35:8-11, etc.)

      On peut objecter que la foi, en elle-même, n'est pas une source de pouvoir ; que son effet est dû à l'intervention extérieure de l'aide divine, à laquelle la foi fait simplement appel. Et le sceptique peut ajouter qu'un Dieu omniscient, bon et aimant, agirait indépendamment et donnerait sans attendre l'appel de la foi et de la prière. On trouve une réponse suffisante dans les preuves abondantes fournies par les Écritures, que le Tout-Puissant agit en conformité avec la loi, et qu'il est contraire à sa nature d'agir arbitrairement et avec caprice. De quelque manière que les lois des cieux aient été formulées, l'application de leurs mesures bienfaisantes à l'humanité dépend de la foi et de l'obéissance des mortels.

      Considérez la défaite d'Israël par les hommes d'Aï ; une loi de justice avait été violée, et des choses qui étaient maudites avaient été introduites dans le camp du peuple de l'alliance. Cette transgression interposa de la résistance au courant de l'aide divine et le pouvoir ne fut rendu au peuple que quand il se fut sanctifié (voir Josué, chapitres 7 et 8). De plus, le Christ était influencé et, dans une certaine mesure, contrôlé dans ses miracles parmi les hommes par la foi ou le manque de foi du peuple. Cette bénédiction bien connue : « Ta foi t'a guéri », par laquelle il annonçait l'intervention salutaire, est une preuve de ce fait. Nous apprenons aussi qu'à une certaine occasion, dans son propre pays, il ne put pas accomplir d’œuvre puissante, en étant empêché par l'incrédulité du peuple (voir Matthieu 13:58 ; Marc 6:5,6).

      Condition d'une foi efficace. - Une condition essentielle à l'exercice d'une foi vivante, croissante et fortifiante en la Divinité est la conscience que possède l'homme qu'au moins il s'efforce de vivre conformément aux lois de Dieu, telles qu'il les a apprises. Le fait de savoir qu'il pèche volontairement et gratuitement contre la vérité le privera de la sincérité dans la prière et la foi et l'éloignera de son Père. Il doit sentir que la direction générale de sa vie est acceptable, et que, compte tenu des faiblesses humaines et de la fragilité des mortels, il jouit, dans une certaine mesure, de l'approbation du Seigneur ; sinon il lui est impossible de supplier le trône de grâce avec confiance. La conscience de l'effort sincère vers la sainteté est une puissance en elle-même qui fortifie celui qui la possède au milieu des sacrifices et des persécutions, et qui le soutient dans toutes ses bonnes oeuvres. C'est cette assurance que la communion était assurée entre Dieu et eux qui permit aux saints d'autrefois de persévérer comme ils le firent, bien que leurs souffrances fussent extrêmes. Nous lisons, à leur sujet, que certains « furent livrés aux tourments, et n'acceptèrent point de délivrance, afin d'obtenir une meilleure résurrection ; d'autres subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison ; ils furent lapidés, sciés, torturés, ils moururent tués par l'épée, ils allèrent ça et là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités - eux dont le monde n'était pas digne - errant dans les déserts et les montagnes, dans les cavernes et dans les antres de la terre » (Hébreux 11:35-38). Aujourd'hui comme autrefois, les saints ont été soutenus dans toutes leurs souffrances par la connaissance sûre qu'ils étaient approuvés de Dieu ; et la foi des justes a toujours grandi à cause du fait qu'ils étaient conscients de la sincérité et de la dévotion de leurs efforts.

      La foi, essentielle au salut. - Étant donné que le salut ne peut s'obtenir que par la médiation et l'expiation du Christ, et que cela ne s'applique au péché individuel que dans la mesure où il y a obéissance aux lois de la justice, il s'ensuit que la foi en Jésus-Christ est essentielle au salut. Mais personne ne peut vraiment croire en Jésus-Christ et, en même temps, douter de l'existence, ou du Père, ou du Saint-Esprit ; c'est pourquoi, la foi en la Divinité tout entière est essentielle au salut. Paul déclare que sans la foi il est impossible d'être agréable à Dieu « car il faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu existe et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent » (Hébreux 11:6). Les Écritures abondent en assurances que ceux qui font preuve de foi envers Dieu et qui se conforment aux exigences que cette foi rend claires, seront sauvés. Les paroles du Christ à ce sujet sont définitives : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16:16). Et encore : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:36 ; voir aussi Jean 3:15 ; 4:42 ; 5:24 ; 11:25 ; Galates 2:20 ; 1 Néphi 10:6,17 ; 2 Néphi 25:25 ; 26:8 ; Énos 1:8 ; Mosiah 3:17 ; Hélaman 5:9 ; 3 Néphi 27:19 ; D&A 45:8). Après sa mort, ses apôtres enseignèrent des doctrines similaires tous les jours de leur ministère (voir Actes 2:38 ; 10:42 ; 16:31 ; Romains 10:9 ; Hébreux 3:19 ; 11:6 ; 1 Pierre 1:9 ; 1 Jean 3:23 ; 5:14). Un résultat naturel de la foi implicite en la Divinité sera la confiance croissante dans les Écritures qui contiennent la parole de Dieu et dans les paroles et les oeuvres de ses serviteurs autorisés qui sont ses oracles vivants.

      La foi, un don de Dieu. - Bien qu'étant à la portée de tous ceux qui s'efforcent diligemment de l'acquérir, la foi est néanmoins un don divin (voir Matthieu 16:17 ; Jean 6:44,65 ; Éphésiens 2:8 ; 1 Corinthiens 12:9 ; Romains 12:3 ; Moroni 10:11). Comme il convient à une perle si précieuse, elle n'est donnée qu'à ceux qui montrent, par leur sincérité, qu'ils en sont dignes et qui promettent de se conformer à ses inspirations. Bien que la foi soit appelée principe de l'Évangile du Christ, bien qu'elle soit, en réalité, le fondement de la vie religieuse, cependant même la foi est précédée par la sincérité des intentions et par l'humilité de l'âme, grâce auxquelles la parole de Dieu peut faire impression sur le cœur (voir Romains 10:17). Aucune coercition n'est employée pour amener les hommes à la connaissance de Dieu ; cependant, aussitôt que nous ouvrons notre cœur à l'influence de la droiture, la foi qui mène à la vie éternelle nous est donnée par notre Père.

      La foi et les oeuvres. - La foi dans un sens passif, ou la simple croyance, dans le sens plus superficiel du terme, est inefficace comme moyen de salut. Cette vérité fut exposée clairement par le Christ et ses apôtres et il se peut que la vigueur avec laquelle elle fut déclarée indique qu'une doctrine extrêmement pernicieuse naquit très tôt celle de la justification par la croyance seule. Le Sauveur enseigna que les oeuvres étaient essentielles à la validité de la profession de la foi et à son efficacité. Notez bien ses paroles : « Ceux qui me disent: Seigneur ! Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 7:21).

      « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime ; et celui qui m'aime, sera aimé de mon Père ; je l'aimerai, et je me ferai connaître à lui » (Jean 14:21). L'exposé suivant, de Jacques, est particulièrement explicite : « Mes frères, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les oeuvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l'un d'entre vous leur dise : Allez en paix ! Chauffez-vous et vous rassasiez, et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? Il en est ainsi de la foi : si elle n'a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même. Mais quelqu'un dira : Toi, tu as la foi et moi j'ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres et moi je te montrerai ma foi par mes oeuvres » (Jaques 2:14-18). Et on peut ajouter à cela les paroles de Jean : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l'avons connu. Celui qui dit : Je l'ai connu, et qui ne garde pas ses commandements est un menteur, et la vérité n'est point en lui. Mais celui qui garde sa parole, l'amour de Dieu est véritablement parfait en lui : par là nous savons que nous sommes en lui » (1 Jean 2:3-5).

      On peut ajouter à ces enseignements beaucoup de paroles inspirées extraites des Écritures néphites (voir 1 Néphi 15:33 ; 2 Néphi 29:11 ; Mosiah 5:15 ; Alma 7:27 ; 9:28 ; 37:32-34 ; 41:3-5) et des révélations modernes (voir D&A en entier), affirmant toutes la nécessité des oeuvres, et niant l'efficacité salvatrice de la croyance passive. Cependant en dépit de la clarté de la parole de Dieu, les hommes ont érigé en dogme l'idée que le salut peut s'obtenir par la foi seule, et qu'une profession de foi verbale ouvre les portes du ciel au pécheur (voir Vitality of Mormonism, du même auteur, l'article « Knowing and Doing », p. 282). Les Écritures citées et le sens de la justice inhérent à l'homme suffisent à réfuter ces fausses assertions (voir Vitality of Mormonism, l'article « Obedience is Heaven's First Law », p. 75).


 
Source : James E. Talmage, Articles of Faith, Salt Lake City, 1890


hibou ecrit 04 Livres Canoniques

La foi, la grâce et les œuvres

Marc-Olivier Ritzi



     La question du salut et des rôles respectifs de la foi, de la grâce et des oeuvres est un débat aussi ancien que les débuts de la Réforme du XVIesiècle, voire plus ancien. Depuis cinq siècles, les Églises chrétiennes sont partagées sur cette question cruciale : qu'est-ce qui apporte le salut à l'homme ? La foi ou les œuvres ? Quel est le rôle de la grâce de Jésus-Christ dans le salut ?

      Il semble que les Églises protestantes, issues de la Réforme, attribuent le salut à la grâce seule de Jésus-Christ, selon le bon vouloir de Dieu et sous la condition que l'homme ait foi au Fils de Dieu ; à l'opposé, l'Église Catholique, si elle admet la nécessité de la grâce pour le salut de l'homme, affirme en revanche que la famille humaine doit produire de bonnes œuvres, en plus de la foi, si elle veut espérer être sauvée par cette grâce. Ainsi, les théologiens de tous bords s'affrontent et le sujet fait couler beaucoup d'encre.

      L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours a été organisée le 6 avril 1830. Quelques mois avant, le Livre de Mormon était imprimé et commençait à être distribué. Ce livre d’Ecritures Saintes, contient, comme la Bible, la parole de Dieu. Il n’est par conséquent pas étonnant que des chapitres entiers soient consacrés tant au sacrifice expiatoire du Christ qu'à la foi, aux oeuvres et, de façon générale, au salut. Dans l’abondance du Livre de Mormon sur de tels sujets, un verset, un tout petit verset résume à lui seul, en quelques mots, la position de la jeune Église sur un sujet aussi délicat : 

Car nous travaillons diligemment à écrire, pour persuader nos enfants, et aussi nos frères, de croire au Christ et d'être réconciliés avec Dieu ; carnous savons que c'est par la grâce que nous sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons faire. (2 Néphi 25:23 ; gras ajouté par nos soins)


Qui est l'homme pour Dieu ?

     Une telle position laisse de côté l'idée selon laquelle Dieu juge et désigne de manière arbitraire ceux qui sont dignes de recevoir sa gloire. Le salut n'est plus une simple question de bon vouloir du Seigneur seulement. L'homme a des choix à faire, et il est responsabilisé tant devant les cieux que devant les hommes. Ainsi, si les Saints des Derniers Jours devaient prendre parti entre les théologiens catholiques et les théologiens protestants, ce ne serait pas du côté des Réformés que la balance pencherait. Dieu ne sauve pas arbitrairement, pas plus qu'il écarte sans raison valable qui que ce soit de la gloire qu'il a en réserve pour ses enfants.

     Pour mieux comprendre la position des Saints des Derniers Jours, il faut connaître leur conception de la raison d'être de l'homme sur la terre. Les êtres humains sont littéralement les enfants de Dieu - c'est-à-dire que notre Père Céleste est le père de l'esprit qui habite notre corps. L’esprit de l’homme a été créé bien avant son corps. La vie de l’esprit avant la naissance du corps est appelée la préexistence. Toute l’humanité était en compagnie de Dieu lorsqu'il créa la terre. Nous tous étions de ces fils et filles de Dieu qui poussaient des cris de joie quand Dieu fondait la terre (voir Job 38:4,7). Notre Père céleste a réuni tous ses enfants et leur a présenté un plan qui leur permettrait de progresser et de lui ressembler davantage. Ce plan prévoyait que nous soyons placés dans la condition mortelle, avec un corps de chair, libres de choisir entre le bien et le mal. Les choix que nous ferions pendant notre séjour terrestre détermineraient notre état de bonheur après la résurrection.

     Dieu, dans sa prescience, savait que la famille humaine ferait souvent de mauvais choix. Jésus fut choisi comme Rédempteur afin que, si nous croyions en lui et nous repentions, nous recevions, par sa grâce, le pardon de nos péchés, la paix de Dieu dans notre vie, et la possibilité de retourner auprès de notre Père céleste après la résurrection. La résurrection (c'est-à-dire la réunification de notre corps avec notre esprit) serait gratuite pour toute la famille humaine (1 Corinthiens 15:20-22). Mais si notre résurrection est gratuite (car nous ne sommes responsables de notre mort physique), notre état de bonheur après la résurrection dépendrait de nos choix.
Ainsi, nos oeuvres détermineront le degré de gloire et de bonheur que nous recevrons dans la vie à venir. Cependant, ce bonheur éternel, quel qu'en soit le degré, n'est à notre disposition que grâce au sacrifice expiatoire du Christ. J'aurai l'occasion d'y revenir.

     J'ai pris de nombreux raccourcis pour expliquer le plan de Dieu pour la famille humaine. Précisons que nous avions, à un certain degré, conscience des souffrances et des tentations que la vie nous offrirait, et que c'est précisément pour faire des choix, de bonnes oeuvres et progresser que nous sommes ici-bas.

     A la lumière de ces explications, il est impossible pour les Saints des Derniers Jours d'accepter l’idée que Dieu sauve ou jette en enfer arbitrairement, selon son bon vouloir, et qu'une partie de la famille humaine aille en enfer simplement parce qu'elle n'a pas eu l'occasion de connaître le Christ, de l'accepter et de recevoir le pardon de ses péchés. Dieu ne met pas d'un côté les quelques centaines de millions de chrétiens qui sont sauvés parce qu'ils ont accepté le Christ, quelle que soit la façon dont ils ont dirigé leur vie, et de l'autre les milliards de damnés parce qu'ils n'ont jamais eu l’occasion de l’accepter, quand bien même leur façon de vivre eut été excellente.


Paroles de Paul : le salut par la foi ?

     Pourtant, lorsqu'on lit la Bible et qu'on se penche tout particulièrement sur les épîtres pauliennes, on lit des passages qui, sans une lecture attentive, pourraient donner l'impression que les oeuvres que nous produisons dans cette vie n'ont strictement aucun rapport avec notre salut. Passons en revue quelques-uns de ces passages :

Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par les oeuvres; autrement la grâce n'est plus une grâce. Et si c'est par les oeuvres, ce n'est plus une grâce; autrement, l'oeuvre n'est plus une oeuvre. (Romains 11:6)

Car nul ne sera justifié devant lui par les oeuvres de la loi, puisque c'est par la loi que vient la connaissance du péché. (Romains 3:20)

Néanmoins, sachant que ce n'est pas par les oeuvres de la loi que l'homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d'être justifié par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi.(Galates 2:16)

Et que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident, puisqu'il est dit : Le juste vivra par la foi. (Galates 3:11)

Et que quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse. (Actes 13:38)

Car nous pensons que l'homme est justifié par la foi, sans les oeuvres de la loi. (Romains 3:28)

     Cette liste n’est pas exhaustive mais est, à mon avis, assez représentative des références sur lesquelles s’appuient les Protestants ou les Évangéliques pour affirmer que seule la foi peut sauver, par la grâce de Jésus-Christ.

     Ce serait cependant une erreur que de s'arrêter à ces passages seuls. Pour comprendre réellement ce que voulait dire Paul en matière de salut, nous devons non seulement confronter ces versets à d'autres paroles de Paul, mais aussi à d'autres versets de la Bible. Nous dégagerons alors une harmonie à partir de laquelle nous pourrons comprendre la réelle signification de ces passages. Au préalable, lisons ce que dit Pierre à propos de Paul et de ses écrits :

Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut, comme notre bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée. C'est ce qu'il fait dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, dans lesquelles il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Ecritures, pour leur propre ruine. (2 Pierre 3 :15-16)

     Examinons à présent d'autres versets bibliques qui traitent de la foi, des oeuvres, et de la grâce.


Contradictions ?

     Commençons par Paul, que nous venons de citer. Après chaque verset, je propose un commentaire ou une question.

Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. (...) C'est ce qui paraîtra au jour où selon mon Évangile, Dieu jugera par Jésus-Christ les actions secrètes des hommes. (Romains 2:13,16)

     Ces versets semblent contredire totalement ce qui a précédemment été établi : ceux qui pratiquent les oeuvres de la loi seront justifiés. Christ sera juge des hommes, et il exercera ce jugement au regard de leurs « actions secrètes », donc de leurs oeuvres.

Cette parole est certaine, et je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s'appliquent à pratiquer de bonnes oeuvres. Voilà ce qui est bon et utile aux hommes. (Philémon 3:8)

     Si les bonnes oeuvres découlent automatiquement de la conversion, quelle nécessité y a-t-il à encourager de telles pratiques, puisqu'elles devraient aller de soi ?

Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps.(2 Corinthiens 5:10)

     Chaque homme sera jugé selon ses oeuvres.

Mais par ton endurcissement et par ton coeur impénitent, tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra a chacun selon ses oeuvres : réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l'honneur, la gloire et l'immortalité ; mais l'irritation et la colère ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l'injustice. (...) Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec !  (Romains 2:5-8, 10)

     Remarquez ici que Dieu donne la vie éternelle à ceux qui persévèrent « à bien faire » ; son jugement est juste, et non arbitraire. On réaffirme ici que Dieu « rendra à chacun selon ses oeuvres.»

Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail. (1 Corinthiens 3:8)

     A nouveau, ce sont les oeuvres qui déterminent la récompense que Dieu donnera.

Ne nous lassons pas de faire le bien ; car nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas. Ainsi donc, pendant que nous en avons l'occasion, pratiquons le bien envers tous, et surtout envers les frères en la foi. (Galates 6:9-10)

     On fait ici un lien direct entre les oeuvres et les récompenses de Dieu. Notez à présent ce verset très intéressant :

Ce n'est pas que j'aie déjà remporté le prix, ou que j'aie déjà atteint la perfection ; mais je cours pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j'ai été saisi par Jésus-Christ. Frère, je ne pense pas l'avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. (Philippiens 3:12-14)

     Si Paul se considérait déjà sauvé par la foi, pourquoi donc exprimait-il le besoin de courir « vers le but » ? Ainsi, après avoir été « saisi par Jésus-Christ », il faut encore produire des bonnes oeuvres afin de « remporter le prix de la vocation céleste de Dieu ». Étudions une dernière mention des œuvres par Paul, après quoi nous étudierons d’autres versets du Nouveau Testament :

Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. Tous ceux qui combattent s'imposent toute espèce d'abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. Moi donc, je cours, non pas comme à l'aventure ; je frappe, non pas comme battant de l'air. Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d'être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres. (1 Corinthiens 9:24-27)

     Deux choses à relever : Paul reconnaît explicitement que s'il ne se garde pas de produire des mauvaises oeuvres, il peut être « rejeté » par Dieu. D'autre part, on note à nouveau l'idée qu'après la conversion il faut produire de bonnes oeuvres pour obtenir la « couronne incorruptible », à savoir la vie éternelle. Comment donc certains affirment-ils être sauvés simplement parce qu'ils sont convertis à Christ, alors que Paul ne prétendait rien de tel ?

     Nous pourrions mentionner de nombreux autres versets tirés des épîtres de Paul, mais nous nous limiterons pour le moment à ce qui précède. Citons à présent les autres livres du Nouveau Testament :

Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N'avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité.

C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison : elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison : elle est tombée et sa ruine a été grande. (Matthieu 7:21-27)

Car le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses oeuvres. (Matthieu 16:27)

Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je dis ? (Luc 6:46)

Et il dit aux Juifs qui avaient cru en lui: Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples. (Jean 8:31)

Et si vous invoquez comme Père celui qui juge selon l'oeuvre de chacun, sans acception de personnes, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre pèlerinage. (1 Pierre 1:17-18)

Car c'est le moment où le jugement va commencer par la maison de Dieu. Or, si c'est par nous qu'il commence, quelle sera la fin de ceux qui n'obéissent pas à l'Evangile de Dieu ? Et si le juste se sauve avec peine, que deviendront l'impie et le pécheur ? (1 Pierre 4:17-18)

Et je vis les morts, les grands et les petits, qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts. Et un autre livre fut ouvert, celui qui est le livre de vie. Et les morts furent jugés selon leurs oeuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres. (Apocalypse 20:12)


Foi et oeuvres : complémentarité

     En résumé, d'un côté Paul affirme que l'homme n'est pas justifié par ses oeuvres mais par la foi seule, de l'autre toujours Paul, et d'autres auteurs bibliques, qui affirment que la foi seule ne suffit pas, que des efforts substantiels doivent être produits pour recevoir la plus grande gloire que Dieu réserve à l'homme, et que nous seront jugés en fonction de nos oeuvres. Il y a de quoi se poser des questions devant ce qui semble une contradiction flagrante. La Bible est-elle à ce point inconstante ? L'épître de Jacques d'une part, le Livre de Mormon d'autre part vont nous aider à harmoniser ces passages.

      Jacques :

Mes frères, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ?

Si un frère ou une soeur sont nus et manquent de nourriture de chaque jour, et que l'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ?

Il en est ainsi de la foi : si elle n'a pas les oeuvres, elle est morte en elle-même.

Mais quelqu'un dira : Toi, tu as la foi ; et moi, j'ai les oeuvres. Montre-moi ta foi sans les oeuvres, et moi je te montrerai la foi par mes oeuvres.
Tu crois qu'il y a un seul Dieu, tu fais bien ; les démons le croient aussi, et ils tremblent.

Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les oeuvres est inutile ?
Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les oeuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel ?

Tu vois que la foi agissait avec ses oeuvres, et que par les oeuvres la foi fut rendue parfaite.

Ainsi s'accomplit ce que dit l'Écriture : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; et il fut appelé ami de Dieu.

Vous voyez que l'homme est justifié par les oeuvres, et non par la foi seulement.

Rahab la prostituée ne fut-elle pas également justifiée par les oeuvres, lorsqu'elle reçut les messagers et qu'elle les fit partir par un autre chemin ?

Comme le corps sans âme est mort, de même la foi sans les oeuvres est morte. (Jacques 2:14-26 ; gras ajouté par nos soins)

     Quels versets puissants ! Quelle affirmation splendide et d’une grande clarté ! Qu'est-ce que la foi sans les oeuvres ? Rien. La foi se définit alors comme une croyance accompagnée d'oeuvres. En quelque sorte, la foi sans les oeuvres n'est pas vraiment la foi. Se demander si c'est la foi ou les oeuvres qui permettent de sauver l'homme est un faux débat : ce sont les deux qui le sanctifient et le rendent acceptable devant Dieu.

     Sommes-nous sauvés parce que nous avons accepté le Christ dans notre coeur ? Nous le sommes, à condition que nos oeuvres accompagnent notre foi et viennent la confirmer. Il n'y a pas de salut par la foi seule, pas plus qu'il n'y a de salut par les oeuvres seules. Elles sont complémentaires, et même interdépendantes, car la vraie foi produit de bonnes oeuvres, et les deux ensemble sont le critère du salut.

     Que signifie donc l’affirmation de Paul que l'homme est justifié par la foi, et non par les œuvres ? Lorsque Paul parle des oeuvres, il parle spécifiquement des oeuvres de la loi, en d'autres termes l'obéissancepratique à la loi. Pourquoi l'obéissance à la loi n'a-t-elle pas, et à elle seule, le pouvoir de sauver ? Parce que la loi, c'est-à-dire la loi de Moïse, était une image, une préparation pour Israël à la venue du Christ. C'était en vue de préparer le peuple que la loi était donnée, avec ses très nombreux symboles représentant la mission du Messie et la nouvelle loi qui allait être révélée : celle de la foi.

Paul ne dit pas que l'on ne doit plus obéir à la loi parce qu'elle ne sauve pas ; il affirme que la loi n'a pas le pouvoir intrinsèque de sauver. En d'autres termes, c'est grâce à Jésus-Christ que nous sommes sauvés, par son sacrifice expiatoire offert pour l'humanité ; la foi et les œuvres nous permettent de bénéficier de cette grâce. Aucune loi n'a en elle-même le pouvoir de sauver ; la loi, lorsqu’elle est suivie, ne fait que « qualifier » pour le salut qui s'obtient par la grâce.

      Citons à présent un auteur du Livre de Mormon, le prophète Abinadi :

Et de plus, je vous dis que le salut ne vient pas par la loi seule ; et s'il n'y avait pas l'expiation, que Dieu lui-même fera pour les péchés et les iniquités de son peuple, il devrait périr, malgré la loi de Moïse.

Et maintenant, je vous dis qu'il était nécessaire qu'une loi fût donnée aux enfants d'Israël, oui, une loi très stricte ; car ils étaient un peuple au cou roide, prompt à commettre l'iniquité et lent à se souvenir du Seigneur, son Dieu ;

c'est pourquoi il y eut une loi qui leur fut donnée, oui, une loi d'observances et d'ordonnances, une loi qu'ils devaient observer strictement de jour en jour, pour garder en eux le souvenir de Dieu et de leur devoir envers lui.

Mais voici, je vous dis que toutes ces choses-là étaient des figures de choses à venir.

Et maintenant, comprenaient-ils la loi ? Je vous le dis : non, ils ne comprenaient pas tous la loi ; et cela à cause de l'endurcissement de leur cœur; car ils ne comprenaient pas qu'aucun homme ne pouvait être sauvé, si ce n'était par la rédemption de Dieu.

Car voici, Moïse ne leur a-t-il pas prophétisé que le Messie viendrait, et que Dieu rachèterait son peuple ? Oui, et même tous les prophètes qui ontjamais prophétisé depuis le commencement du monde, n'ont-ils pas parlé plus ou moins de ces choses ? (Mosiah 13:28-33 ; gras ajouté par nos soins)

     Le propos de Paul et d’Abinadi n’est pas que nous devons cesser de faire de bonnes oeuvres ou que celles-ci n'ont pas d'influence sur le salut, mais que nos oeuvres et notre obéissance à Dieu n'ont de valeur qu'en raison du sacrifice expiatoire du Christ, et qu'elles n'ont pas le pouvoir intrinsèque de sauver. En relisant dans cette perspective les propos de Paul cités plus haut, nous voyons qu'il n'y a aucune contradiction entre l'affirmation selon laquelle les oeuvres ne sauvent pas (elles n'en ont intrinsèquement pas le pouvoir) et celle qui dit que nul ne peut être sauvé sans les oeuvres (puisqu'elles qualifient pour le salut et sont le produit de la foi). Ce que Paul, Jacques et Abinadi dénoncent, c'est l’idolâtrie de la loidonnée par Dieu, alors que toute notre attention, notre foi et notre adoration doivent être rendues à Dieu et à son Fils, Jésus-Christ.

     Citons de nouveau Paul :

Car - chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, -Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché, et cela afin que la justice de la loi fût accomplie en nous, qui marchons non selon la chair, mais selon l'esprit. (Romains 8:3-4 ; gras ajouté par nos soins)

Joseph Fielding Smith explique le contexte des discours de Paul sur le salut par la foi et de Jacques sur le salut par les œuvres :

Il y a dans le monde chrétien diverses opinions concernant ce qui est nécessaire pour réaliser le salut des hommes. Il y en a qui ont accepté très littéralement, mais sans en comprendre la signification, cette parole de Paul aux Éphésiens : « Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les oeuvres afin que personne ne se glorifie. » (Éphésiens 2:8,9)

Ceux qui acceptent cette idée aussi littéralement qu'elle est rapportée, sans se référer au contexte, oublient ou rejettent l'épître de Jacques qui, pour eux, enseigne apparemment une doctrine très différente (...).

Je voudrais faire ressortir pourquoi il n'y a absolument aucun conflit entre les enseignements de ces deux apôtres d'autrefois ; que Paul enseignait la doctrine qu'enseignait Jacques, et que Jacques était parfaitement d'accord avec la doctrine qu'enseignait Paul : le fait étant qu'ils abordaient le sujet sous des angles différents.

Paul avait affaire à des gens qui croyaient qu'un homme ne pouvait être sauvé que s'il obéissait à la loi de Moïse - qu'il se trouvait plus ou moins sous la nécessité de se sauver lui-même - et qui niaient le plein pouvoir de l'expiation de Jésus-Christ.

D'autre part, Jacques défendait la nécessité des oeuvres, s'opposant à l'idée qui régnait chez d'autres, qui professaient avoir foi au Christ, que s'ils avaient la foi, c'était tout ce qu'il fallait. Ils abordaient donc ce sujet à partir de points de vue différents et chacun d'eux enseignait la vérité. (Smith, Joseph Fielding, 1977, Doctrine du Salut, volume 2, écrits compilés par Bruce R. McConkie, pp. 285-286)


Conclusion

     Résumons la position de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours sur l’obtention du salut : l'homme reçoit une plénitude de gloire et devient co-héritier du Christ s'il fait preuve de foi au Christ et produit de bonnes oeuvres tout au long de sa vie. Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de recevoir l'Évangile de leur vivant l'entendront après la mort, pendant qu'ils attendent leur résurrection. C’est ce qu’a enseigné Pierre (Voir 1 Pierre 3:18-19, 4:6). Un jugement juste et miséricordieux attend chaque homme et chaque femme qui a vécu ici-bas. Dieu n’est pas un Dieu injuste qui jette en enfer ceux qui n'ont pas reçu la connaissance de son Évangile alors qu’ils l'auraient peut-être accepté s'ils en avaient eu l'occasion.

     Finalement, on se demande si la croyance Protestants et celle des Saints des Derniers Jours sont vraiment différentes sur ce point-là. Les premiers affirment que les bonnes oeuvres sont la suite logique de la foi, ce que leur accorde les seconds. La différence, c’est la place que prennent les oeuvres dans le salut de Dieu : pour les saints des derniers jours, Dieu juge en fonction de la foi et des oeuvres, alors que pour les Réformés et les Églises qui en découlent, le Seigneur ne tient pas compte des oeuvres dans son jugement. Mais les uns et les autres, comme la chrétienté en général, affirment que la foi sans les oeuvres est morte, et que l'un ne va pas sans l'autre. En tant que saint des derniers jours, j’exprime ma reconnaissance pour le sacrifice expiatoire du Christ qui, par sa mort et sa résurrection, nous donne la grâce qui sauve.

…car nous savons que c'est par la grâce que nous sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons faire. (2 Néphi 25:23)



Note : Sauf indication contraire, les citations bibliques sont tirées de la traduction de Louis Segond, version 1910


Première parution : 11 août 2003
Mise à jour : 9 mai 2004

Copyright © 2003 M.-O. Ritzi, tous droits réservés.



hibou ecrit 04 Livres Canoniques

LeGrand Richards (1886-1983)

Évêque président de 1938 à 1952
Membre du collège des Douze de 1952 à 1983




Le but de la création de la terre

      Quand nous regardons un bâtiment, nous voyons bien qu'il n'a pas été créé sans raison. Chaque bâtiment a été conçu et édifié pour une raison précise. De même, quand nous contemplons la terre splendide sur laquelle nous avons la chance de vivre, nous voyons bien qu'elle n'a pas été créée sans raison.

      Quand furent posées les fondations de la terre, « tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie » (voir Job 38:7) parce qu'ils comprenaient que par le plan de l'Évangile qui était déjà prêt à ce moment-là. Ils avaient à portée de main la possibilité de progresser dès qu'ils auraient l'occasion de venir sur terre et d'y prendre un corps. Ils savaient qu'en obéissant à ce plan, ils se prépareraient à « l'immortalité et à la vie éternelle » (voir Moïse 1:39).

      Après que Dieu lui eût montré les esprits « qui furent organisés avant que le monde fût », Abraham dit :

      Il y en avait un parmi eux qui était semblable à Dieu, et il dit à ceux qui étaient avec lui : Nous descendrons, car il y a de l'espace là-bas, nous prendrons de ces matériaux, et nous ferons une terre sur laquelle ceux-ci pourront habiter ; Nous les mettrons ainsi à l'épreuve, pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera ; Ceux qui gardent leur premier état recevront davantage ; ceux qui ne gardent pas leur premier état n'auront point de gloire dans le même royaume que ceux qui gardent leur premier état ; et ceux qui gardent leur second état recevront plus de gloire sur leur tête pour toujours et à jamais (Abraham 3:24-26).

      Voici donc le motif de la création de la terre : préparer un lieu où les esprits engendrés par Dieu pussent demeurer et être mis « ainsi à l'épreuve, pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera ».


La situation de ceux qui n'ont pas gardé leur premier état

      Nous avons déjà examiné la situation des esprits qui n'ont « pas gardé leur premier état », qui furent chassés du ciel avec Satan et qui constituent le tiers des armées du ciel ; ils ont été chassés avec lui en tant qu'esprits et se voient donc refuser la bénédiction de prendre un corps de chair et de sang. Ils n'ont donc « point de gloire dans le même royaume que ceux qui gardent leur premier état. » Nous ne serons sans doute jamais capables de comprendre en cette vie ce que cela signifie d'être privé du droit sacré de recevoir un corps. Lorsque Jésus chassa l'esprit mauvais de l'homme que nul ne pouvait enchaîner, il lui demanda son nom, et l'esprit répondit « Légion, car nous sommes plusieurs » (voir Marc 5:2-9). Lorsqu'ils eurent reçu l'ordre de quitter le corps du possédé, ils demandèrent l'autorisation d'entrer dans le corps de pourceaux qui paissaient dans la prairie, et quand leur requête eut été accordée, « le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer » (voir Marc 5:13). Il est tellement désirable d'avoir un corps que ces esprits mauvais, qui avaient perdu le droit d'avoir leur propre corps, étaient même disposés à entrer dans des corps de pourceaux.

      Si nous arrivons à comprendre la portée de cette aventure et la leçon à en tirer, comment serons-nous assez reconnaissants envers notre Père céleste de ce qu'il nous a permis de recevoir un corps et de ce qu'il nous a donné l'assurance qu'après l'avoir déposé dans la tombe nous le reprendrons à la résurrection grâce à l'expiation de notre Seigneur Jésus-Christ ?

      Dans une révélation donnée au prophète Joseph Smith, le Seigneur a enseigné ceci :

      Car l'homme est esprit. Les éléments sont éternels, et l'esprit et l'élément, inséparablement liés, reçoivent une plénitude de joie ; Et lorsqu'ils sont séparés, l'homme ne peut recevoir de plénitude de joie (D&A 93:33,34).

      Donc, le premier but de la vie terrestre est d'obtenir un corps, sans lequel « l'homme ne peut recevoir de plénitude de joie ».

      Le prophète Léhi connaissait aussi le but de l'existence de l'homme :

      Adam tomba pour que les hommes fussent, et les hommes sont pour avoir la joie (2 Néphi 2:25).


L'importance de notre second état

      Nous allons maintenant voir combien il est important de garder notre second état, qui est la vie terrestre. Puisse ce que nous avons appris concernant le sort des esprits qui n'ont pas conservé leur premier état nous inspirer le désir et la volonté de garder notre second état, pour que nous puissions recevoir plus de gloire sur notre tête pour toujours et à jamais.

      Nous devons avoir présente à l'esprit l'idée que nous sommes ici-bas avec notre libre arbitre pour être mis à l'épreuve, pour voir si nous ferons tout ce que le Seigneur notre Dieu nous commandera ; car, c'est pour nous fournir cette occasion que le Seigneur a créé la terre. Il a déclaré à Moïse :

      Car voici mon oeuvre et ma gloire : réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme (Moïse 1:39).

      Au prophète Joseph Smith le Seigneur a dit :


      Et si tu gardes mes commandements et persévères jusqu'à la fin, tu auras la vie éternelle, qui est le plus grand de tous les dons de Dieu (D&A 14:7).

      ... celui qui reçoit la lumière et persévère en Dieu en reçoit davantage et cette lumière brille de plus en plus, jusqu'à atteindre le jour parfait (D&A 50:24).

      Pour que l'homme puisse donc faire ses preuves, il doit acquérir la connaissance et la compréhension des commandements de Dieu, qui se trouvent dans l'Évangile. Comme c'est l’œuvre et la gloire du Seigneur de « réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme », nous devons prendre part à l’œuvre du Seigneur, car le Seigneur doit avoir des instruments pour accomplir ses desseins :

      Souvenez-vous que les âmes ont une grande valeur aux yeux de Dieu...  Et comme il se réjouit de l'âme qui se repent ! C'est pourquoi vous êtes appelés à crier repentance à ce peuple. Et s'il arrive que vous travailliez toute votre vie à crier repentance à ce peuple et que vous m'ameniez ne fût-ce qu'une seule âme, comme votre joie sera grande avec elle dans le royaume de mon Père ! Et maintenant, si votre joie doit être grande avec cette seule âme que vous m'aurez amenée dans le royaume de mon Père, comme elle sera grande si vous m'en amenez beaucoup ! (D&A 18:10,13-16)


      En février 1829, plus d'un an avant que l'Église fût organisée, le Seigneur donna au prophète Joseph Smith une révélation dont nous citons ce qui suit :

      Voici, une oeuvre merveilleuse est sur le point de se produire parmi les enfants des hommes. C'est pourquoi, ô vous qui vous embarquez dans le service du Seigneur, veillez à le servir de tout votre cœur, de tout votre pouvoir, de tout votre esprit et de toutes vos forces afin d'être innocents devant Dieu au dernier jour. C'est pourquoi, si vous éprouvez le désir de servir Dieu, vous êtes appelés à l’œuvre ; Car voici le champ est déjà mûr pour la moisson et voici, celui qui se sert de la faucille de toutes ses forces amasse des provisions afin de ne pas périr, mais apporte le salut à son âme (D&A 4:1-4).


Le corps du Christ

      L'apôtre Paul explique que, par notre acceptation de l'Évangile, nous sommes tous membres du corps du Christ, que chacun reçoit un don, différent peut-être, mais par le même esprit, et que chacun est responsable du fonctionnement correct du corps :

      Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; Diversité de ministères, mais le même Seigneur ; Diversité d'opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune. En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; À un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; À un autre, le don d'opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l'interprétation des langues. Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il de Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été, abreuvés d'un seul Esprit. Ainsi le corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour cela ? Et si l'oreille disait : Parce que je ne suis pas un oeil, je ne suis pas du corps, ne serait-elle pas du corps pour cela ? Si tout le corps était oeil, où serait l'ouïe ? S'il était tout ouïe, où serait l'odorat ? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : Je n'ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n'ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ... Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. Et Dieu a établi dans l'Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues. Tous sont-ils apôtres ? Tous sont-ils prophètes ? Tous sont-ils docteurs ? Tous ont-ils le don des miracles ? Tous ont-ils le don des guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? Aspirez aux dons les meilleurs. Et je vais encore vous montrer une voie par excellence (1 Cor. 12:4-22,27-31).

      Nous apprenons par cette épître de Paul que tous ceux qui sont baptisés, le sont pour former un seul corps, qu'ils soient Juifs ou Gentils, esclaves ou libres ; et qu'on les a tous abreuvés d'un seul Esprit. Paul a expliqué dans le détail comment chaque membre du corps reçoit un don spirituel particulier, et que tous les membres sont nécessaires pour que le corps fonctionne parfaitement, qu'un membre ne peut pas dire à l'autre « Je n'ai pas besoin de toi ». Nous apprenons qu'il y a du travail pour tous les membres de l'Église de Jésus-Christ. Chacun doit développer les dons ou talents dont le Seigneur l'a pourvu. Paul a aussi montré que même les membres les plus faibles sont nécessaires.


L'homme est tenu de développer ses talents

      On peut rapprocher ces paroles de Paul de la parabole des talents racontée par Jésus :

      Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents ; voici, j'en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit : Seigneur, tu m'as remis deux talents ; voici j'en ai gagné deux autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; J'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre ; voici, prends ce qui est à toi. Son maître lui répondit Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ; Il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents (Matt. 25:14-30).

      Jésus a bien montré que chacun ne devra rendre des comptes que pour les talents ou dons qu'il a reçus : « Car on demandera beaucoup à qui l'on a beaucoup donné » (voir Luc 12:48). Personne ne peut dire qu'il n'a rien reçu. Quand ce ne serait qu'un seul talent, il est attendu de lui qu'il développe ce talent de telle manière que quand son Maître viendra, il pourra le lui rendre avec bénéfice. On remarquera aussi qu' « on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

      Pouvez-vous imaginer une raison plus valable pour « ces pleurs et ces grincements de dents » que d'apprendre de la bouche de votre Maître, quand vous serez appelé à rendre compte de votre vie ici-bas, qu'après avoir été fidèle dans votre existence d'esprit et avoir gardé votre premier état, vous avez échoué dans le second, quand on vous a mis à l'épreuve pour voir si vous feriez tout ce que le Seigneur, votre Dieu, vous commanderait, (voir Abraham 3:25), vous ne l'avez pas fait ? Rappelez-vous, le Seigneur a dit de ceux-là : « Jetez le serviteur inutile dans les ténèbres du dehors » (Matt. 25:30).

      Nous avons déjà envisagé le sort des esprits qui n'ont pas gardé leur premier état, mais nous n'avons pas encore vu quelle sera la fin de ceux qui ne gardent pas leur second état. La conscience de notre échec augmentera quand « ce qui est parfait sera venu » (1 Cor. 13:10) et que nous retrouverons le souvenir de notre existence antérieure, au moment où « nous verrons comme nous sommes vus et nous connaîtrons comme nous sommes connus » (voir D&A 76:94).

      Jésus a enseigné à ses disciples que le chemin de la grandeur passe par le service d'autrui :

... Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur ; Et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave (Matt. 20:26,27).

      Pierre disait, en parlant de l'Église du Christ de son temps :

      Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière (1 Pierre 2:9).

      Il est évident que Pierre avait conscience de la grande responsabilité qui allait reposer sur les membres de l'Église, ce « sacerdoce royal » dont nous avons déjà discuté, d' « annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » à tous les hommes de partout.


Les héritiers de la gloire céleste

      Dans la révélation ou vision des trois degrés de gloire qu'il donna le 16 février 1832 à Joseph Smith et à Sidney Rigdon à Hiram, en Ohio, le Seigneur précisa qui seraient les héritiers de la gloire céleste :


      Ce sont ceux qui sont l'Église du Premier-né. Ce sont ceux entre les mains desquels le Père a tout remis. Ce sont ceux qui sont prêtres et rois, qui ont reçu de sa plénitude et de sa gloire ; Et sont prêtres du Très-Haut, selon l'ordre de Melchisédek, qui était selon l'ordre d'Énoch, qui était selon l'ordre du Fils unique. C'est pourquoi, comme il est écrit, ils sont dieux, oui, les fils de Dieu. C'est pourquoi tout est à eux, que ce soit la vie ou la mort, le présent ou l'avenir, tout est à eux, et ils sont au Christ, et le Christ est à Dieu (D&A 76:54-59).

      Il est donc évident qu'un homme doit recevoir la prêtrise selon l'ordre de Melchisédek pour se qualifier pour l'exaltation dans le royaume céleste.
Dans une autre révélation donnée en septembre 1832 au prophète Joseph Smith au sujet de la prêtrise, le Seigneur dit :


      Car tous ceux qui, par leur fidélité, obtiennent ces deux prêtrises dont j'ai parlé et magnifient leur appel, sont sanctifiés par l'Esprit et leur corps sera renouvelé. Ils deviennent les fils de Moïse et d'Aaron, la postérité d'Abraham, l'Église et le royaume, et les élus de Dieu. Et tous ceux qui reçoivent cette prêtrise me reçoivent, dit le Seigneur(D&A 84:33-35).


Le mariage et les rapports familiaux clans le plan éternel

      Dans notre étude du mariage, nous avons attiré l'attention sur le fait que l'homme sans la femme ne peut réaliser la pleine mesure de sa création :


L'Éternel Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui... Et l'homme dit : Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l'appellera femme parce qu'elle a été prise de l'homme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair (Gen. 2:18,23,24).

      Il faut se souvenir que c'est avant la chute d'Adam et Ève que « Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul » et que les deux seraient « une seule chair ». Puisque ceci était vrai avant la chute, et puisque Dieu considérait l'homme et la femme comme « une seule chair », on comprend d'autant mieux combien il est important que cette relation existe encore, une fois l'homme racheté des effets de la chute, c'est-à-dire lorsqu'il vivra éternellement.

      L'apôtre Paul savait à quel point ceci était important :

      Toutefois, dans le Seigneur, la femme n'est point sans l'homme, ni l'homme sans la femme (1 Cor. 11:11).

      Ce principe a été clairement révélé au prophète Joseph Smith :


      Il y a, dans la gloire céleste, trois cieux ou degrés. Pour obtenir le plus haut, l'homme doit entrer dans cet ordre de la prêtrise (à savoir la nouvelle alliance éternelle du mariage). Sinon, il ne peut l'obtenir. Il peut entrer dans l'autre, mais c'est là la fin de son royaume ; il ne peut avoir d'accroissement (D&A 131:1-4).

      Car voici, je te révèle une nouvelle alliance éternelle ; et si tu ne respectes pas cette alliance, tu seras damné ; car nul ne peut rejeter cette alliance et recevoir la permission d'entrer dans ma gloire. Car tous ceux qui veulent avoir une bénédiction de moi respecteront la loi qui a été fixée pour l'obtention de cette bénédiction et ses conditions, dès avant la fondation du monde. Et en ce qui concerne la nouvelle alliance éternelle, elle fut instituée pour la plénitude de ma gloire ; et celui qui en reçoit une plénitude doit respecter et respectera la loi, ou il sera damné, dit le Seigneur Dieu... C'est pourquoi, si un homme épouse une femme en ce monde, mais ne l'épouse pas par moi ni par ma parole, et fait alliance avec elle aussi longtemps qu'il est dans le monde, et elle avec lui, leur alliance et mariage ne sont pas valables lorsqu'ils sont morts et hors du monde ; ils ne sont donc liés par aucune loi lorsqu'ils sont hors du monde. C'est pourquoi, lorsqu'ils sont hors du monde, les hommes ne peuvent prendre de femmes ni les femmes de maris, mais ils deviennent des anges dans les cieux ; lesquels anges sont des serviteurs au service de ceux qui sont dignes d'une part de gloire beaucoup plus grande, incomparable et éternelle. Car ces anges ne se sont pas conformés à ma loi ; c'est pourquoi, ils ne peuvent s'accroître, mais restent à toute éternité séparés et célibataires, sans exaltation, dans leur état sauvé. Et dès lors, ils ne sont pas dieux, mais anges de Dieu, pour toujours et à jamais... De plus, en vérité, je te le dis, si un homme épouse une femme par ma parole qui est ma loi et par la nouvelle alliance éternelle et que leur union est scellée par le Saint-Esprit de promesse, par celui qui est oint, à qui j'ai donné ce pouvoir et les clefs de cette prêtrise, et qu'il leur est dit : Vous vous lèverez dans la première résurrection et si c'est après la première résurrection, dans la résurrection suivante - et hériterez de trônes, de royaumes, de principautés, de pouvoirs, de dominations, de toutes les hauteurs et profondeurs... il leur sera fait en toutes choses dans le temps et dans toute l'éternité comme mon serviteur le leur aura promis. Et ce sera pleinement valide lorsqu'ils seront hors du monde. Et ils passeront devant les anges et les dieux qui sont placés là, vers leur exaltation et leur gloire en toutes choses, comme cela a été scellé sur leur tête, laquelle gloire sera une plénitude et une continuation des postérités pour toujours et à jamais. Alors ils seront dieux, parce qu'ils n'auront pas de fin ; c'est pourquoi, ils seront (Je toute éternité à toute éternité, parce qu'ils continuent. Alors ils seront au-dessus de tout, car tout leur sera soumis. Alors ils seront dieux, parce qu'ils auront tout pouvoir et que les anges leur seront soumis. En vérité, en vérité, je te le dis, si tu ne respectes pas ma loi, tu ne pourras atteindre cette gloire (D&A 132:4, 6,15-17,19-21).

      Cette révélation montre que les hommes ne peuvent devenir des dieux et obtenir « une plénitude et une continuation des postérités pour toujours et à jamais », qu'en respectant la nouvelle alliance « éternelle du mariage, et que sans mariage ils ne peuvent devenir que « des serviteurs au service de ceux qui sont dignes d'une part de gloire beaucoup plus grande, incomparable et éternelle ».

      Lorsque le Seigneur dit à propos de la nouvelle alliance éternelle du mariage : « si tu ne respectes pas cette alliance, tu seras damné », il n'utilisait pas le mot « damné » au sens où il est ordinairement compris par le monde chrétien moderne, car on remarquera d'autre part qu'il a spécifié qu'ils seront « des anges dans les cieux ; lesquels anges sont des serviteurs au service de ceux qui sont dignes d'une part de gloire beaucoup plus grande, incomparable et éternelle. Au verset dix-sept de la citation ci-dessus, le Seigneur dit qu'ils « restent séparés et célibataires, sans exaltation, dans leur état sauvé ». Donc, même eux seront sauvés, mais non pas exaltés. Le mot « damné » signifie donc « dont le progrès est arrêté » (voir D&A 131:41) ; « ils ne peuvent s'accroître » (voir D&A 132:17).

      Quand nous avons étudié la mission d'Élie dans ses rapports avec le mariage, nous avons expliqué que le Seigneur a pris des dispositions pour que « la nouvelle alliance éternelle du mariage » puisse être contractée par procuration dans les temples du Seigneur pour ceux qui n'ont pas eu cette chance dans leur état mortel.


Les enfants sont « un héritage de l'Éternel »

      Dans cette étude de l'importance du mariage considéré comme une étape de notre progression éternelle, nous avons noté que cette gloire sera « une plénitude et une continuation des postérités pour toujours et à jamais » (voir D&A 132:19).

      Le Psalmiste connaissait la place qu'occupent les enfants dans le plan du Seigneur :

      Voici, des fils sont un héritage de l'Éternel, le fruit des entrailles est une récompense. Comme les flèches dans la main d'un guerrier, ainsi sont les fils de la jeunesse. Heureux l'homme qui en a rempli son carquois (Psaumes 127:3-5).

      En Israël, dans l'Antiquité, être stérile était considéré comme un déshonneur pour une femme. Pensez à ce que dit Rachel à Jacob :

      Lorsque Rachel vit qu'elle ne donnait point d'enfants à Jacob, elle porta envie à sa sœur, et elle dit à Jacob : Donne-moi des enfants ou je meurs... Dieu se souvint de Rachel, il l'exauça et la rendit féconde. Elle devint enceinte, et enfanta un fils, et elle dit : Dieu a enlevé mon opprobre (Gen. 30:1,22,23).


      Réfléchissez à la promesse faite à Abraham et à Sarah, alors qu'Abraham avait cent ans et Sarah quatre-vingt-dix, dans laquelle il était dit que Sarah aurait un fils et que son nom serait Isaac :

      Je la bénirai, et te donnerai d'elle un fils ; je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d'elle (Gen. 17:16).

      On remarquera que cette bénédiction spéciale que le Seigneur donna à Abraham et à Sarah permit à cette autre promesse de se réaliser :


      Alors l'Éternel dit : Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ? Abraham deviendra une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre (Gen. 18:17,18).

      Sans postérité, les bénédictions que le Seigneur réservait à Abraham n'auraient pu se réaliser pleinement : « En lui seront bénies toutes les nations de la terre ». Et Sarah devait être mère de « nations » ; des « rois de peuples sortiront d'elle ».

      De même que toutes les nations de la terre devaient être bénies en Abraham et en sa postérité, et que Sarah deviendrait mère de nations et que des rois de peuples sortiraient d'elle, de même la nouvelle alliance éternelle du mariage est nécessaire pour que tout homme fidèle puisse jeter les bases de son royaume par sa femme et sa postérité.

      Il y a beaucoup de gens fidèles qui ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour se montrer dignes des plus hautes bénédictions du Seigneur, et qui, sans qu'il y ait eu faute de leur part, n'ont pas eu la chance d'avoir des enfants dans cette vie. D'autre part, il y a nombre de gens qui ont eu des enfants dont la vie a été telle qu'ils seront tout à fait indignes d'eux dans les mondes éternels. Le Seigneur a prévu un millénium au cours duquel les corrections nécessaires seront apportées.


Le but de l'existence de l'homme sur terre

      On peut résumer comme suit le but de l'existence de l'homme sur terre :

1. Être mis à l'épreuve par Dieu « pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera » (voir Abraham 3:25).

2. Recevoir un corps de chair et d'os, car le corps et l'esprit séparés « ne peuvent recevoir de plénitude de joie » (voir D&A 93:33,34).

3. Prouver qu'il est capable de garder son second état comme il a gardé son premier état, afin de recevoir « plus de glaire sur [sa] tête pour toujours et à jamais » (voir Abraham 3:26).

4. Développer les dons et les talents dont il hérite à la naissance, afin de pouvoir rendre un compte favorable de son intendance, pour que le Seigneur puisse dire : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu es été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (voir Matt. 25:21).

5. Satisfaire aux conditions requises pour hériter de la gloire céleste, en devenant « prêtre du Très-Haut, selon l'ordre de Melchisédek » (voir D&A 76:57).

6. Être scellé à une épouse pour le temps et toute l'éternité grâce à la Sainte Prêtrise, par quelqu'un qui a l'autorité du Seigneur, car « dans le Seigneur, la femme n'est point sans l'homme, ni l'homme sans la femme » (voir 1 Cor. 11:11). Sans cette ordonnance de scellement du mariage, on ne peut obtenir le degré le plus haut de la gloire céleste (voir D&A 131:1-4) « laquelle gloire sera une plénitude et une continuation des postérités pour toujours et à jamais » (voir D&A 132:19).

7. Avoir des enfants, car « des [enfants] sont un héritage de l'Éternel, le fruit des entrailles est une récompense... Heureux l'homme qui en a rempli son carquois » (Psaumes 127:3,5).
 
      Encore une fois, c'est aux révélations que le Seigneur a faites au prophète Joseph Smith en vue du rétablissement de l'Évangile au cours de notre dispensation, la dispensation de la plénitude des temps, que nous devons de connaître exactement le but de l'existence de l'homme ici-bas.



Source : LeGrand Richards, Une oeuvre merveilleuse et un prodige, Salt Lake City, 1950


hibou ecrit 04 Livres Canoniques

Le but de la vie


Franklin D. Richards (1900-1987)

Assistant des Douze de 1960 à 1976
Membre de la présidence des soixante-dix de 1976 à 1983



      Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander, en vous regardant et en regardant les autres : « Qui suis-je ? D'où suis-je venu ? Pourquoi suis-je ici ? Où vais-je après cette vie ? Dieu a-t-il un but pour moi ? Pour ma famille ? Pour mes amis ? Pour tous les autres ? » La réponse à ces dernières questions est affirmative ! Dieu a effectivement prévu un plan pour vous et pour tous. Il a aussi donné la possibilité à votre famille, à vos amis et à tous ses enfants qui vivent ici-bas de savoir quel est le but de la vie et comment l’atteindre. Par la révélation de Dieu à ses prophètes, les Saintes Écritures furent rédigées et indiquent clairement à tous les hommes comment être sauvés par Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Sauveur du monde.

      Le Sauveur a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6).

      Trouver la voie du Christ et la suivre est assurément le plan de Dieu pour tous les hommes. Rechercher la voie du Sauveur est le premier pas. Il n’y a que vous qui, pour vous-même, pouvez choisir de suivre le Seigneur. Vous, votre famille et votre postérité serez bénis éternellement par cette juste décision. Ce qui suit traite précisément de votre salut personnel. En méditant les paroles du Seigneur, vous recevrez les réponses révélées aux grandes questions : Qui suis-je ? D’où suis-je venu ? Qu'ont fait Dieu et le Christ pour moi ? Que dois-je faire pour avoir une vie pleine et heureuse ? Comment puis-je obtenir un bonheur éternel ?


D'où êtes-vous venu ?

      La vie, pour vous, n'a pas commencé sur la terre. Vous avez vécu avant de naître ; et vous continuerez à vivre dans le monde des esprits après votre vie ici-bas. Après cela, et pour toute éternité, vous vivrez en être ressuscité. Mais vivrez-vous dans la gloire ou dans la peine ? C'est ce que vous seul pouvez déterminer.


Vous êtes enfant de Dieu

      Nous avons tous vécus en présence de Dieu, le Père éternel. Dans le monde préterrestre,  vous étiez un de ses enfants spirituels. Étant d’une ascendance divine, votre destinée est de devenir comme votre Père céleste et de retourner en sa présence.


La vie terrestre fait partie d’un plan divin

      Dans la vie prémortelle, avant que la terre ne fût créée, Dieu présenta un plan à ses enfants, pour leur progression. Vous étiez libres d'accepter ou de rejeter le plan de salut. Les enfants d'esprit qui acceptèrent ce plan reçurent la possibilité de vivre sur la terre. Ceux qui le rejetèrent n'eurent pas le bonheur de connaître la condition mortelle.


Que vous apporte la vie ici-bas ?

      En venant sur la terre, vous avez obtenu un corps de chair et d'os. Sur terre vous mourrez, mais la résurrection éternelle est promise à tous. Ici-bas, vous vous trouvez dans des conditions où vous pouvez vivre par la foi, loin de la présence de Dieu, et être mis à l’épreuve. Les commandements et la loi vous ont été donnés en même temps que la liberté de choix. Mais vous seul êtes responsable de vos choix.


Dieu veut que vous réussissiez

      Dieu est juste. Il sait qu'en étant libre de choisir entre le bien et le mal, vous ferez des erreurs. Étant donné que le transgresseur ne peut, par lui-même, être ressuscité et retourner dans la présence de son Père céleste, Dieu en a prévu le moyen. En acceptant ce moyen mis à votre disposition, vous pourrez être uni à nouveau à votre famille éternelle.


Le Christ est votre Rédempteur

      Dans la vie préterrestre, Jésus-Christ a offert de prendre sur lui les péchés de tous ceux qui vivraient sur la terre, s’ils se repentent. La vie sans péché et le sacrifice de ce seul Être parfait rendit possible la résurrection de tous les hommes et permit à l’homme fidèle et repentant de retourner dans la présence de Dieu.


De l'opposition en toute chose

      Mais il y a de I’opposition dans votre vie : des forces qui vous poussent à l’échec. Lucifer, avant que les mondes ne soient organisés, fut l’avocat de ceux qui s’opposaient au plan de salut de Dieu. Il est l’avocat de tout mal : il vous tente pour que vous soyez et restiez impurs.


Le sacrifice expiatoire du Christ

      Dans le monde des esprits, avant cette vie, vous étiez parmi les fidèles. Vous avez gagné le droit de venir sur la terre. Le Christ, grâce à sa vie parfaite et à son sacrifice personnel, a expié pour vos péchés, à condition que vous acceptiez son plan de salut et le suiviez.


La grâce de Dieu

      Votre Père éternel, par sa grâce, a révélé son plan de salut par ses saints prophètes depuis le commencement du monde. Par leurs paroles inspirées, toutes les lois et les ordonnances essentielles au salut ont été révélées. Mais Dieu ne peut vous forcer à vous y conformer ; ce choix vous revient.


Le chemin : l'Évangile de Jésus-Christ

      Les quatre premiers principes et ordonnances de l’Évangile sont les étapes fondamentales menant au salut et la porte d’entrée dans l’Église et dans le royaume de Dieu. Ces étapes, vous pouvez les franchir ; elles sont indispensables pour recevoir toutes les bénédictions offertes par l’expiation de Jésus-Christ.


Les premiers principes et ordonnances de l'Évangile

      Nous croyons que les premiers principes et ordonnances de l’Évangile sont (1) La foi au Seigneur Jésus Christ ; (2) La repentance ; (3) Le baptême par immersion pour la rémission des péchés ; (4) L’imposition des mains pour le don du Saint Esprit. 

      « Pierre leur dit : Repentez vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Actes 2:38).


Persévérer jusqu'à la fin

      La foi, la repentance, le baptême par immersion pour la rémission des péchés, et l'imposition des mains pour le don du Saint-Esprit sont les étapes par lesquelles on entre dans l’Église et dans le royaume de Dieu. Mais le salut exige davantage que cela : il exige une obéissance continue aux enseignements du Christ, qui a dit : « Celui qui persévère jusqu’à la fin sera sauvé ».


La loi de la moisson

      Votre progression, votre perfectionnement, sont le résultat naturel de la conformité de votre vie aux lois de Dieu. La loi de Dieu donnée à Adam « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain » (Genèse 3:19) ne concerne pas seulement la substance physique ; c'est aussi une loi pour le salut de l'âme. Vous récoltez ce que vous semez.


La religion est un mode de vie

      La religion relève non seulement de la connaissance spirituelle et de la profession de foi, mais également d’actes quotidiens guidés par les principes du respect de soi, de l'amour du prochain et de l'amour de Dieu. C'est le chemin que le Christ a montré et enseigné. En le suivant, vous devenez héritier de la gloire de Dieu.


Les parents doivent élever leurs enfants dans la vérité

      « Je n’ai pas de plus grande joie que d'entendre dire de mes enfants qu'ils marchent dans la vérité », dit l'apôtre Jean (3 Jean 1:4). Assurément, Dieu, notre Père à tous, n’a pas de plus grande joie que de voir ses enfants marcher dans la vérité. Les parents qui ont de la sagesse élèvent leurs enfants dans les voies de la vérité et de la dignité.


La religion véritable est au service des autres

      La véritable religion se manifeste par le service à autrui. Le service peut prendre de nombreuses formes : éduquer un enfant, fortifier ceux qui sont découragés, visiter les malades, être un exemple, être fraternel envers les autres, leur donner des occasions de progresser. Les personnes, les familles et les nations atteignent tout leur potentiel par le service à autrui.


Tous ressusciteront

      Lorsque nous quitterons cette vie, nous entrerons dans le monde des esprits en conservant notre personnalité propre et aurons la possibilité de continuer à progresser. Grâce à la résurrection de Jésus-Christ, tous les hommes ressusciteront, c'est-à-dire que le corps et l'esprit de chacun seront de nouveau unis et que les hommes vivront éternellement. Ils jouiront alors de l’état qui leur aura été réservé, d’après le plan de Dieu pour la progression de ses enfants.


Vous retournerez à Dieu et lui rendrez compte

      Vous avez un Père littéral et éternel qui vous a envoyé ici-bas et auprès de qui vous retournerez pour rendre compte de ce que vous avez fait des possibilités qui se seront présentées à vous ici. « Cette vie est le moment où les hommes doivent se préparer à rencontrer Dieu » (Alma 34:32). Alors vient une vie personnelle et éternelle, caractérisée par les bénédictions offertes par celui qui a dit : « Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3). Une vie dans laquelle vous recevrez la récompense de votre obéissance aux commandements de Dieu. 


Extrait de la brochure Le but de la vie.



hibou ecrit 04 Livres Canoniques

Le salut par la foi

Marcel Kahne


Une brochure intitulée « La seule porte » affirme : 

« Tous ceux qui reconnaissent que la punition du péché a été acquittée par la mort de Jésus-Christ sur la croix, ceux-là reçoivent la vie éternelle SIMPLEMENT PAR LA FOI (...). La Bible parle de ceux qui ne sont nés qu’une fois, « sans Dieu, sans Christ et sans espérance » et ceci sera leur état pour toute l’éternité s’ils n’acceptent pas Christ comme leur Sauveur. Nombreux sont ceux qui ne le savent pas [1] et qui mettent leur confiance dans leurs efforts personnels pour mériter la faveur divine et l’entrée dans le ciel (...) Le Livre de Job nous enseigne cette grande leçon que l’homme n’a aucun mérite en lui-même. Par contre, aux yeux de Dieu, tous les mérites sont réunis en son Fils, Jésus-Christ, et nous y avons accès par la croix. »

Ainsi est formulée la doctrine fondamentale du protestantisme, la justification par la foi SANS les œuvres.

Certains passages de la Bible semblent effectivement porter ce message, comme Éphésiens 2:8-9 : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » Et Actes 2:47 : « Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés ». Enfin, 1 Corinthiens 1:18 : « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent ; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. »

Il y en a cependant d’autres passages d'Écritures dans lesquels apparaît clairement la nécessité des œuvres. Compte tenu de l’importance de leur nombre, on ne peut pas ne pas en tenir compte.


1. Enseignements de Jésus :

« Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5:16).

« C’est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis [le sermon sur la montagne] et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc » (Matthieu 7:24).

« Et voici, un homme s’approcha, et dit à Jésus : Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? Il lui répondit : (...) Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements (...) Va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel » (Matthieu  19:16-17, 21).

« On demandera beaucoup à qui l’on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l’on a beaucoup confié » (Luc 12:48).

« Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime » (Jean 14:21).

« Quiconque me dit : Seigneur, Seigneur ! n’entrera pas forcément dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 7:21 ; voir aussi Luc 6:46, 8:21, 11:28, Jean 15:14).

Quelle est la volonté du Père ? Que devons-nous faire pour entrer dans le royaume des cieux ? Matthieu 25:31-46, qui est une évocation du jugement dernier par le Sauveur lui-même, répond d’une manière on ne peut plus claire à cette question. On y voit Jésus séparer les brebis (les justes) des boucs (les méchants). Aux premières, il dit : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. » Aux autres, il dit : « Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. » Quel est le critère de sélection ? « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus vers moi (...) Toutes les fois que vous avez fait l’une de ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. »

« Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges ; et alors il rendra à chacun selon ses œuvres » (Matthieu 16:27)

« Celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu » (Jean 3:21).

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes (...) » (Jean 14:12).

« Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit » (Jean 15:2).


2. Enseignements des apôtres :

« Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? La foi peut-elle le sauver ? (...) Il en est ainsi de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. Mais quelqu’un dira : Toi, tu as la foi ; et moi, j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. (...) Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile ? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres la foi fut rendue parfaite. (...) Vous le voyez l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. (...) Comme le corps sans âme est mort, de même la foi sans les œuvres est morte» (Jacques 2:14, 17-26) [2].

« Dieu (...) rendra à chacun selon ses œuvres : réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l’honneur, la gloire et l’immortalité » (Romains 2:6-7) [3].

« Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions » (Éphésiens 2:10).

« Car il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps » (2 Corinthiens 5:10).

« Recommande-leur de faire du bien, d’être riches en bonnes oeuvres, d’avoir de la libéralité, de la générosité, et de s’amasser ainsi pour l’avenir un trésor placé sur un fondement solide, afin de saisir la vie véritable » (1 Timothée 6:18-19).

« Cette parole est certaine, et je veux que tu affirmes ces choses, afin que ceux qui ont cru en Dieu s’appliquent à pratiquer de bonnes oeuvres. Voilà ce qui est bon et utile aux hommes » (Tite 3:8).

« Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l’avons connu. Celui qui dit : Je l’ai connu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n’est point en lui » (1 Jean 2:3-4).

« Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs oeuvres les suivent » (Apocalypse 14:13).

« Et les morts furent jugés selon leurs oeuvres, d’après ce qui était écrit dans les livres » (Apocalypse 20:12).


À l’idée du salut sans les œuvres vient s’ajouter, pour certaines dénominations, la notion que l’on est sauvé d’emblée, et il est vrai qu’un certain nombre de passages, comme Actes 2:47 et 1 Corinthiens 1:18, cités plus haut, vont dans ce sens. Mais, une fois encore, on ne peut pas ne pas tenir compte des autres passages d’Écriture qui vont en sens contraire :


1. Enseignements de Jésus :

« Mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé » (Matthieu 10:22 ; voir aussi 16:27, 24:13, Marc 13:13, Jacques 1:25, Apocalypse 2:10 et d’autres).


2. Enseignements des Apôtres :

Paul :

« (...) travaillez à votre salut avec crainte et tremblement » (Philippiens2:12).

« Car c’est en espérance que nous avons été sauvés » (Romains 8:23).

« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais (...) Je cours vers le but, pour remporter le prix » (Philippiens 3:12, 14).

« J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m’est réservée (...) » (2 Timothée 4:7-8).

Pierre :

« Si le juste se sauve avec peine, que deviendront l’impie et le pécheur ? » (1 Pierre 4:18).

Jean :

« Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Apocalypse 2:10).

Que faut-il conclure de tout cela ? Est-on sauvé d’emblée ou seulement à la fin ? La foi seule sauve-t-elle ou faut-il aussi les œuvres, ou bien les œuvres sont-elles inutiles ? L’Écriture se contredit-elle ? Certainement pas. Comme la théorie de la justification par la foi seule se base sur les écrits de Paul, il est nécessaire de mieux le comprendre, afin d’y voir plus clair. Lorsqu’il présente sa défense devant le roi Agrippa, il dit : « (...) J’ai vécu pharisien, selon la secte la plus rigide de notre religion » (Actes 26:5). Au peuple de Jérusalem il précise : « (...)  j’ai été (...) instruit aux pieds de Gamaliel dans la connaissance exacte de la loi de nos pères » (Actes 22:3). Paul appartenait à ce groupe dont le Christ disait : « Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes » (Matthieu 23:4), faisant allusion par là aux 613 prescriptions (248 obligations et 365 interdictions) mises en place par les docteurs de la loi depuis le temps d’Esdras, pour dresser « une haie autour de la loi » et légiférer à propos de toutes les situations possibles pour qu’on ne la transgresse pas. Le salut n’était donc accessible qu’à ceux qui avaient « étudié » (Jean 7:15). Et encore. Comment pouvait-on être jamais sûr de n’avoir pas oublié l’une ou l’autre de ces innombrables prescriptions ?

Sa rencontre avec le Christ change tout cela pour Paul. Il apprend que le Christ a expié pour tous les hommes sur la croix. Il apprend qu’il n’a plus besoin d’être parfait ici-bas (ce qui est impossible) pour être sauvé. Il apprend que par la foi au Christ (« Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi », Jean 14:6), le repentir et la conversion, il peut obtenir le pardon (« Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés », Actes 3:19). Il se sent tout à coup délivré, et c’est cette délivrance-là qu’il va proclamer aux Juifs de Rome, de Corinthe, de Galatie, d’Éphèse, de Philippes, de Colosses et de Thessalonique. Eux aussi ont besoin de savoir que les observances de la loi de Moïse sont périmées.

Quand on a bien compris d’où Paul sort, on se rend compte que ce n’est pas la foi et les bonnes œuvres qu’il oppose, mais la foi et « la loi des œuvres » (Romains 3:27) ou « les œuvres de la loi [de Moïse revue et augmentée par les docteurs] » : « Car nous pensons que l’homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi » (Romains 3:28). « Ce n’est pas par les œuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ (...) Afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi » (Galates 2:16 ; 3:2, 5, 10). Ce dernier verset est particulièrement éloquent : « Tous ceux qui s’attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction ; car il est écrit : Maudit est quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique. » Comme mentionné plus haut : la loi condamne, puisque personne ne peut la mettre totalement en pratique.

C’est quand on a compris que Paul donne des sens différents au mot « œuvres » (tantôt « prescriptions de la loi de Moïse », tantôt « bonnes œuvres [4] ») qu’on se rend compte qu’il n’y a pas d’incompatibilité dans des passages en apparence aussi contradictoires en eux-mêmes qu’Éphésiens 2:8-10 : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. » Il est bien évident que dans la première proposition, l’ex-pharisien qu’était Paul fait allusion aux œuvres/prescriptions de la loi, qui étaient un tel sujet de gloire pour ses anciens collègues, comme dans la parabole du pharisien et du publicain, dans laquelle le premier se vante : « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes (...) je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus (...) » (Luc 18:11-12). Dans la deuxième proposition, les « bonnes œuvres » sont celles auxquelles le Christ fait allusion dans Matthieu 25:31-46, sans lesquelles on ne peut être sauvé.

Une autre contradiction apparente qui s’éclaircit quand on tient compte de ce qui précède est celle qui oppose Romains 4:2-11 et Jacques 2:21-24.

Romains 4:2-5, 9-11. « Si Abraham a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorifier, mais non devant Dieu. Car que dit l’Écriture ? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. Or, à celui qui fait une œuvre, le salaire est imputé non comme une grâce, mais comme une chose due ; et à celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice (...) Car nous disons que la foi fut imputée à justice à Abraham. Comment donc lui fut-elle imputée ? Était-ce après, ou avant sa circoncision ? Il n’était pas encore circoncis, il était incirconcis. »

Jacques 2:21-24 : « Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel ? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres la foi fut rendue parfaite. Ainsi s’accomplit ce que dit l’Écriture : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; et il fut appelé ami de Dieu. Vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. »

Dans Romains, quand il parle d’œuvres, Paul pense à la circoncision. Dans Jacques, les œuvres sont l’expression naturelle de la foi. Ce n’est pas parce qu’il était circoncis qu’Abraham fut béni, mais parce qu’il avait la foi. Et qu’est-ce qui prouve qu’il avait la foi ? Le fait qu’il était disposé à accomplir n’importe quelle œuvre commandée par le Seigneur.

Pour certaines dénominations donc, nous sommes sauvés d’entrée de jeu, sans rien devoir faire d’autre qu’avoir foi en Jésus. Dans ce qui précède, nous avons vu ce que la Bible en dit : on ne peut pas se dire sauvé tant qu’on n’a pas fait ses preuves, et s’il est vrai que la foi en Jésus-Christ est indispensable, elle est indissociable de l’action chrétienne, qui en est l’expression.

Tout ceci suscite une question : Comment les protestants, par exemple, ne comprennent-ils pas cette évidence ? Peut-être parce qu’à l’origine, le protestantisme a réagi contre une situation semblable à celle de Paul. L’Église catholique de l’époque proposait, elle aussi, une espèce de salut par des observances. Elle enseignait que Jésus et les saints en avaient fait plus qu’il n’en fallait pour entrer au paradis. Il existait donc un excédent de mérites qui pouvait être distribué à ceux qui n’arrivaient pas tout à fait à atteindre le paradis. Ce trésor était géré par l’Église catholique comme une espèce de caisse de compensation permettant à ceux qui voulaient en profiter d’obtenir des indulgences, c’est-à-dire une réduction de peine au Purgatoire. Autant de Pater et d’Avé, autant de jours en moins. Un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, autant de jours en moins. Un don généreux à l’Église, autant de jours en moins. A l’époque de la Réforme, l’Église étant en mal d’argent, un moine appelé Tetzel était chargé de la vente d’indulgences contre espèces sonnantes et trébuchantes. La doctrine protestante s’est en partie construite en réaction à cette pratique, ce qui explique que les mots « loi », « œuvres », « mérites » déclenchent chez les protestants des réactions épidermiques. C’est aussi ce qui explique pourquoi ils reviennent toujours avec l’idée que Jésus a tous les mérites et que l’homme n’en a pas et n’a pas besoin d’en avoir.

En fait, quand on se positionne par opposition à autre chose, la vérité – et le bon sens – sont souvent mis à mal. Or la vérité c’est ceci : le Sauveur ayant pris sur lui les péchés des hommes, ayant expié à leur place, devient le maître du salut. Il y a une chose qu’il donne à tous les hommes gratuitement et sans qu’ils n’aient rien à faire : la résurrection. « Comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ » (1 Corinthiens 15:22). Mais pour ce qui est de la qualité de vie que nous mènerons dans l’éternité, il dicte ses conditions. C’est lui, la seule porte : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jean 10:9). Peut-on « entrer » sans rien faire ? Sûrement pas : « Pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur ! Et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6:46). Et qu’est-ce que le Sauveur nous dit de faire ? « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13:34-35). Et que doit-on faire pour avoir de l’amour les uns pour les autres ? Il faut appliquer la Règle d’or : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes » (Matthieu 7:12). Et l’on en revient au cahier des charges présenté par le Christ dans Matthieu 25:31-46 avec cette mise en garde : pour être sous la condamnation, il n’y a pas besoin de faire le mal ; il suffit de ne pas faire le bien.

C’est, en fin de compte, dans le Livre de Mormon que nous trouvons la formule parfaite du salut : « Nous savons que c’est par la grâce que nous sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons faire » (2 Néphi 25:23). Après tout, si, comme le disent les protestants, l’homme n’a aucun mérite et que c’est le Christ qui les a tous, l'homme ne peut même pas revendiquer le fait d'avoir la foi. C’est la grâce et la grâce seule qui sauve. Et qu’est-ce que la grâce ? C’est le fait que le Christ fait pour nous tout ce que nous ne pouvons pas faire nous-mêmes. Il nous ressuscite, nous purifie devant Dieu et nous permet de rentrer en sa présence. Comme le dit également la Bible :

« Mais c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous croyons être sauvés » (Actes 15:11).

« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » (Éphésiens 2:8). 

A nous de montrer, par nos oeuvres, que nous sommes reconnaissants au Seigneur de ce qu’il a fait pour nous.


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[1] On peut regretter que l’auteur de la brochure n’ait pas jugé utile de préciser comment il concilie l’infinie justice et l’infinie bonté de Dieu avec le sort de l’immense majorité des hommes qui, pour des raisons diverses, « ne le savent pas », « qui ne sont nés qu’une fois, ‘sans Dieu, sans Christ et sans espérance’ » et dont ce  « sera [l’]état pour toute l’éternité » parce que l’occasion ne leur a pas été donnée d’entendre de leur vivant le message protestant et qu’il ne leur a donc pas été possible d’accepter « Christ comme leur Sauveur ».

[2] Des passages comme ceux de Jacques, en contradiction flagrante avec la doctrine de la foi sans les oeuvres, ne peuvent qu’être une source de problèmes pour des confessions qui proclament par ailleurs l’inerrance des Ecritures. Martin Luther ne cachait d’ailleurs pas son irritation devant l’épître de Jacques, qu’il considérait comme « eine recht stroherne Epistel » (une épître tout à fait insipide), parce qu'il ne lui trouvait « aucune qualité évangélique » (« D. Martin Luthers Werke », Weimar, Böhlaus, 1906, vol. 6, p. 10). Il était encore plus contrarié par le sermon sur la montagne, dont il disait : « Das heißt ein Meisterstück des Teufels » (c'est un chef d'oeuvre du diable) parce que, selon lui, « le diable déforme et pervertit (verdrehet und verkehret) si magistralement la véritable intention du Christ par l'intermédiaire de son apôtre [Matthieu], surtout au chapitre 5 » (vol. 32, p. 300).

[3] Comparer avec ce que dit la brochure La seule porte : « Nombreux sont ceux qui (...) mettent leur confiance dans leurs efforts personnels pour mériter la faveur divine et l’entrée dans le ciel (...) Le Livre de Job nous enseigne cette grande leçon que l’homme n’a aucun mérite en lui-même. »  Un autre passage qui contredit la brochure est 2 Pierre 1:10-11.

[4] Quelques autres passages où il est clair que l’homme doit accomplir des « œuvres bonnes » c’est-à-dire pratiquer les vertus chrétiennes : Romains 2:13, 16 ; Galates 4:6 ;Colossiens 1:10 ; 1 Thessaloniciens 1:3 ; 1 Timothée 2:9-10 ; 5:10 ; 2 Timothée 2:21, 3:17 ; Tite 2:14, 3:1, 8, 14 ; Hébreux 10:24, 13:20-21; Jacques 1:22 ; 1 Pierre 1:17, 2:9, 12 ; 1 Jean 5:2 ; Apocalypse 2:2, 10, 19, 23, 26, 3:1, 8, 15, 14:13, 19:8, 20:12-13, 21:7, 22:12. 




hibou ecrit 04 Livres Canoniques

Naître de nouveau


Marcel Kahne


      « Il y eut un homme d'entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs, qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui. Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ? Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jean 3:1-5).

      Lorsque Nicodème rend visite à Jésus pour en savoir plus sur lui, celui-ci, avec une de ces formules percutantes dont il est coutumier, le conduit directement au cœur même du message chrétien : Sans transformation radicale par rapport à ce qu’il est, l’homme naturel ne peut pas se faire la moindre idée de ce que c’est que le royaume de Dieu (le « voir ») et sans le baptême et le don du Saint-Esprit, il ne peut y entrer.

      Tout est là. La gloire du christianisme a été l’œuvre de ceux qui ont opéré cette nouvelle naissance, la honte du christianisme a été l’œuvre de ceux (malheureusement infiniment plus nombreux) qui n’ont pas compris sa nécessité, restant au niveau du rituel, des observances de surface et du culturel.


En quoi consiste la nouvelle naissance ?

      Le Nouveau Testament, par l’intermédiaire des apôtres Paul et Pierre, nous la définit comme un engagement à changer radicalement de mode de vie, engagement concrétisé par le rite du baptême :

« Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection, sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché » (Romains 6:4,6).

« Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Corinthiens 5 :17).

« Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris Christ, si du moins vous l'avez entendu, et si, conformément à la vérité qui est en Jésus, c'est en lui que vous avez été instruits à vous dépouiller, eu égard à votre vie passée, du vieil homme qui se corrompt par les convoitises trompeuses » (Éphésiens 4:20-22).

« Ne mentez pas les uns aux autres, vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l'homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé » (Colossiens 3:9-10).

      Et qu’est-ce que le « vieil homme » ? Paul nous dresse une liste non exhaustive de ses défauts : « égoïstes, amis de l'argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d'orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu, ayant l'apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force » (2 Timothée 3:2-5).

« Cette eau était une figure du baptême, qui n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu » (1 Pierre 3:21).

      Ces passages nous expliquent pourquoi le baptême doit se faire par immersion. C’est un rite qui symbolise notre volonté de faire mourir notre vieil homme (nous nous engageons à éliminer de nos pensées et de notre comportement tout ce qui va à l’encontre de l’enseignement du Christ) et dans lequel nous faisons naître (en sortant de l’eau comme le bébé sort du ventre de sa mère) la nouvelle personne que nous voulons et devons être. Comme le dit Pierre, la nouvelle naissance est un engagement envers Dieu, ce qui implique un effort délibéré et constant de la part du chrétien pour calquer sa vie sur l’Évangile. Le Livre de Mormon a beaucoup à dire là-dessus.


La nouvelle naissance vue par le Livre de Mormon

      Le Livre de Mormon établit un contraste entre « l’homme naturel » et le « saint » :

« Car l'homme naturel est ennemi de Dieu, et l'est depuis la chute d'Adam, et le sera pour toujours et à jamais, à moins qu'il ne se rende aux persuasions de l'Esprit-Saint, et ne se dépouille de l'homme naturel, et ne devienne un saint par l'expiation du Christ, le Seigneur, et ne devienne semblable à un enfant, soumis, doux, humble, patient, plein d'amour, disposé à se soumettre à tout ce que le Seigneur juge bon de lui infliger, tout comme un enfant se soumet à son père » (Mosiah 3:19).

      L’homme naturel, c’est ce que Paul appelle « l’homme animal » :

« Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge » (1 Corinthiens 2:14).

      L’homme animal, c’est Monsieur Tout-le-Monde, qui ne s’occupe pas de Dieu, sauf quand il se trouve dans des situations qui le dépassent, auquel cas il se tourne vers lui soit pour le supplier, soit pour le maudire. Comme le dit Jésus-Christ à Joseph Smith en citant Ésaïe 29:13 : « Ils s'approchent de moi des lèvres, mais leur cœur est éloigné de moi » (JS–Histoire 1:19). L’homme animal (ou naturel) est plus préoccupé de ses droits que de ses devoirs, du quotidien que de son devenir éternel, de juger les autres que de se juger lui-même, d’acquérir des biens matériels plutôt que des biens spirituels, de se servir des autres, voire de les piétiner plutôt que de se soucier de leur bien-être. Il veut être libre de toute contrainte extérieure, particulièrement en ce qui concerne la Divinité, et devient forcément, de ce fait, son ennemi.

      Le « saint », au contraire, est celui qui a renoncé à tout ce qui est animal, qui s’humilie devant Dieu, c’est-à-dire qu’il reconnaît la suprématie divine, accepte de se soumettre à Dieu, de « recevoir les choses de l’Esprit de Dieu », de se laisser prendre en mains par lui, de se remettre en question en profondeur, de s’engager sur le chemin de la perfection. Cette nouvelle naissance est rendue possible, d’une part, par « l’engagement d’une bonne conscience », pour reprendre l’expression de Paul, et d’autre part par l’action de l’Esprit de Dieu sur le croyant.

      Néphi précise en quoi cet engagement doit consister : « [Suivre] le Fils d'un cœur pleinement résolu, ne commettant ni hypocrisie ni tromperie devant Dieu, mais avec une intention réelle, vous repentant de vos péchés, témoignant au Père que vous êtes disposés à prendre sur vous le nom du Christ par le baptême » (2 Néphi 31:13).

      À la fin de ce qui a probablement été une fête des tabernacles, la foule, s’adressant au roi Benjamin, qui vient de lui parler, s’écrie « d'une seule voix, disant : Oui, nous croyons toutes les paroles que tu nous as dites ; et aussi, nous savons qu'elles sont sûres et vraies, à cause de l'Esprit du Seigneur Omnipotent, qui a produit un grand changement en nous, ou dans notre cœur, de sorte que nous n'avons plus de disposition à faire le mal, mais à faire continuellement le bien. Et nous sommes disposés à conclure avec notre Dieu l'alliance de faire sa volonté et d'être obéissants à ses commandements dans tout ce qu'il nous commandera, tout le reste de nos jours… » À quoi Benjamin répond : « À cause de l'alliance que vous avez faite, vous serez appelés enfants du Christ, ses fils et ses filles ; car voici, aujourd'hui il vous a engendrés spirituellement; car vous dites que votre cœur est changé par la foi en son nom ; c'est pourquoi, vous êtes nés de lui et êtes devenus ses fils et ses filles » (Mosiah 5:2). Nous trouvons, dans ce passage, un indicateur concret nous permettant de savoir si nous sommes vraiment nés de nouveau.

      Alma l’Ancien était incontestablement une autorité sur la question de la nouvelle naissance, puisqu’il en avait fait l’expérience d’une manière spectaculaire (voir les détails dans Alma 36). Il dit : « Toute l'humanité, oui, les hommes et les femmes, toutes les nations, tribus, langues et peuples doivent naître de nouveau ; oui, naître de Dieu, changer de leur état charnel et déchu à un état de justice, étant rachetés par Dieu, devenant ses fils et ses filles ; et ainsi, ils deviennent de nouvelles créatures ; et s'ils ne font pas cela, ils ne peuvent en aucune façon hériter le royaume de Dieu. Je vous le dis, si tel n'est pas le cas, ils sont rejetés » (Mosiah 27:25-27).

      Le chapitre 5 du livre d’Alma (il s’agit d’Alma le Jeune, fils d’Alma l’Ancien) examine d’une manière beaucoup plus détaillée la question de la nouvelle naissance. En fait, Alma 5 est un test approfondi, qui nous permet d’évaluer, en 42 questions, si nous sommes vraiment nés de nouveau.

      Il commence par citer l’expérience personnelle de son père, Alma l’Ancien : « Et selon sa foi, un grand changement s'est produit dans son cœur. Voici, je vous dis que tout cela est vrai. Et voici, il a prêché la parole à vos pères, et un grand changement s'est aussi produit dans leur cœur, et ils se sont humiliés et ils ont placé leur confiance dans le Dieu vrai et vivant. Et voici, ils ont été fidèles jusqu'à la fin ; c'est pourquoi ils ont été sauvés » (Alma 5:12-13).

      Puis il enchaîne en posant les questions suivantes : « Et maintenant, voici, je vous demande, mes frères de l'Église, êtes-vous nés spirituellement de Dieu ? Votre visage est-il empreint de son image ? Avez-vous éprouvé ce grand changement dans votre cœur ? » (id. v. 14.)

      La première de ces trois questions doit retenir notre attention, car il la pose à des personnes qui ont été baptisées et sont membres de l’Église d’Alma. Cela veut dire que l’on peut très bien être baptisé et membre de l’Église sans être né de nouveau. La nouvelle naissance n’est pas automatiquement liée au baptême, même si celui-ci la symbolise. Il n’y a nouvelle naissance que s’il y a eu « ce grand changement dans votre cœur », lequel est le fruit, rappelons-le, de l’engagement ferme que nous prenons de mettre l’Évangile en application dans notre vie, ce qui permet au Saint-Esprit d’agir sur nous.

      La seconde question est également intéressante : « Votre visage est-il empreint de son image ? » C’est le fameux : « Cela se voit sur sa figure » ou « On le lit sur son visage ». C’est la question par excellence qui doit nous inciter à ne pas croire trop vite que « nous sommes arrivés ». Sommes-nous à ce point proches de Dieu que cela se lise sur notre visage ? Comment les autres nous perçoivent-ils ?

      Plus loin, une autre question doit nous arrêter, car elle met en évidence le fait que même si l’on est passé par l’expérience de la nouvelle naissance, celle-ci n’a rien de définitif : « Et maintenant, voici… mes frères, si vous avez connu un changement de cœur… je vous le demande : pouvez-vous le ressentir maintenant ? » (v. 26). Cette question doit nous rappeler que même si notre vie a connu un ou plusieurs pics de proximité avec Dieu, l’effet d’érosion causé par le train-train quotidien peut nous amener à perdre de vue l’idéal chrétien auquel nous avons adhéré, que la nouvelle naissance n’est pas un acquis et doit se conserver au prix d’un effort constant.

      Ailleurs, Alma s’en prend à deux grands moteurs du comportement humain, le complexe de supériorité, qui se traduit par l’orgueil, et son contraire, le complexe d’infériorité, qui se traduit par l’envie : « Voici, êtes-vous dépouillés de l'orgueil ? Je vous le dis, si vous ne l'êtes pas, vous n'êtes pas préparés à rencontrer Dieu. Voici, je le dis, y en a-t-il un parmi vous qui n'est pas dépouillé de l'envie ? Je vous dis qu'un tel homme n'est pas préparé ; et je voudrais qu'il se prépare rapidement, car l'heure est proche, et il ne sait pas quand le moment viendra ; car un tel homme n'est pas tenu pour innocent. » Est-il besoin de rappeler que l’orgueil et l’envie sont intimement liés à beaucoup de nos problèmes relationnels ?

      La dernière question du test est particulièrement d’actualité : « Et je vous le dis encore, y en a-t-il un parmi vous qui se moque de son frère ou qui l'accable de persécutions ? Malheur à un tel homme, car il n'est pas préparé, et le moment est proche où il doit se repentir, sinon il ne peut être sauvé ! » (Alma 5:30-31). On songe au harcèlement sur le lieu du travail, dont on parle si souvent maintenant. On songe aussi aux drames qui ne se produisent que trop souvent dans les familles où l’un des membres est le souffre-douleur des autres. Et, tout spécialement, on songe à l’acharnement, contre l’Église, d’antimormons qui appartiennent généralement à des mouvements protestants fondamentalistes, qui se targuent, par ailleurs, d’être des « born-again Christians », des chrétiens nés de nouveau.


Que faut-il faire pour « marcher en nouveauté de vie » (Romains 6:4) ?

      Il est assez fréquent, dans les milieux chrétiens, de donner la prééminence à l’action de la grâce divine et de minimiser ou de nier totalement le rôle de l’intervention de l’homme dans son propre salut. Nous avons démontré ailleurs (voir Sauvé par la foi) que les Écritures ne soutiennent pas ce point de vue et que le Livre de Mormon propose la formule parfaite en la matière : « C'est par la grâce que nous sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons faire » (2 Néphi 25:23), formule dans laquelle se révèle la sagesse d’un Dieu qui attend de l’homme qu’il fasse ce qu’il est capable de faire, la grâce représentant l’intervention divine pour ce que l’homme n’est pas capable de faire, à savoir l’Expiation, la Rédemption et la Résurrection.

      Et qu’est-ce que Dieu attend de l’homme qu’il fasse pour « marcher en nouveauté de vie » ? Faire ce qu’il dit : « Pourquoi m'appelez-vous Seigneur, Seigneur ! et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6:46).

« Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux… C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique [il s’agit du sermon sur la montagne, qui constitue les chapitres 5 à 7 de Matthieu ; la citation se trouve à la fin du sermon], sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison : elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et ont battu cette maison : elle est tombée, et sa ruine a été grande » (Matthieu 7:21, 24-27)

      Le Livre de Mormon présente la chose d’une manière plus frappante encore. Dans 3 Néphi 11-14, le sermon au temple, équivalent du sermon sur la montagne, est littéralement encadré aux deux extrémités par cet avertissement.

      Le chapitre 11 se termine comme ceci : « Et je vous le dis encore, vous devez vous repentir, et être baptisés en mon nom, et devenir semblables à un petit enfant, ou vous ne pouvez en aucune façon hériter le royaume de Dieu. En vérité, en vérité, je vous dis que c'est ma doctrine, et quiconque bâtit là-dessus bâtit sur mon roc, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre lui. Et quiconque annonce plus ou moins que cela et l'établit comme étant ma doctrine, celui-là vient du mal et n'est pas bâti sur mon roc ; mais il construit sur une fondation de sable, et les portes de l'enfer seront ouvertes pour le recevoir lorsque les torrents viendront et que les vents s'abattront sur lui. C'est pourquoi, allez vers ce peuple et annoncez les paroles que j'ai dites, jusqu'aux extrémités de la terre » (vv. 38-41)

      Le sermon commence au chapitre 12 et se termine au chapitre 14 par le passage suivant : « C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc — et la pluie est tombée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et se sont jetés contre cette maison ; et elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur le roc. Et quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les met pas en pratique, sera semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable — et la pluie est tombée, et les torrents sont venus, et les vents ont soufflé et ont battu cette maison ; et elle est tombée, et sa ruine a été grande » (vv. 24-27).

      Le message est donc clair : Quiconque se réclame du Christ est tenu d’appliquer le sermon dans sa vie. Le sermon sur la montagne n’est pas un recueil de pensées édifiantes qu’on lit mais qu’on n’applique que facultativement, c’est une véritable feuille de route à laquelle le chrétien est censé se tenir.

« Vous ferez avec soin ce que l'Éternel, votre Dieu, vous a ordonné ; vous ne vous en détournerez ni à droite, ni à gauche » (Deutéronome 5:32).

« Tu as prescrit tes ordonnances, pour qu'on les observe avec soin » (Psaumes 119:4).

      Si les chrétiens avaient appliqué cette règle, avec le soin demandé, au cours des deux mille dernières années, le monde aurait un autre visage.

« Prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n'oublies les choses que tes yeux ont vues, et qu'elles ne sortent de ton cœur » (Deutéronome 4:9).

      Outre l’étude des Écritures, et singulièrement du sermon sur la montagne/sermon au temple, et leur application soigneuse à leur vie, la Bible recommande aux disciples du Christ une autre source vers laquelle se tourner dans leurs efforts pour « marcher en nouveauté de vie » :

« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ » (Éphésiens 4:11-15).

      Paul est clair : le Christ a voulu l’Église avec, entre autres, ses apôtres et ses prophètes, jouissant de la révélation, pour assurer le perfectionnement des saints et les amener au niveau de « la stature parfaite de Christ ». Sans l’Église et ses dirigeants inspirés, les hommes ne sont plus que « des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine ». Cette affirmation est particulièrement pertinente à une époque où beaucoup de gens, avides de liberté, veulent faire leur propre religion et rejettent ce qu’ils appellent « les religions organisées ».


Une mise en garde indispensable

      La remise en question de soi-même et l’acquisition de vertus intangibles sont des entreprises difficiles et la tentation est grande, chez les hommes, de se focaliser plutôt sur des pratiques extérieures et quantifiables. Mais c’est sacrifier l’essentiel à l’accessoire et c’est se leurrer en faisant passer l’accessoire pour l’essentiel. C’est le reproche principal que Jésus fait aux scribes et aux pharisiens. À propos du paiement de la dîme, il dit :

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Conducteurs aveugles ! qui coulez le moucheron, et qui avalez le chameau » (Matthieu 23:23-24).

      À propos des prescriptions alimentaires, il enseigne :

« Il n'est hors de l'homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller; mais ce qui sort de l'homme, c'est ce qui le souille. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende. Lorsqu'il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l'interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui du dehors entre dans l'homme ne peut le souiller ? Car cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis s'en va dans les lieux secrets, qui purifient tous les aliments. Il dit encore : Ce qui sort de l'homme, c'est ce qui souille l'homme. Car c'est du dedans, c'est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les impudicités, les meurtres, les vols, les cupidités, les méchancetés, la fraude, le dérèglement, le regard envieux, la calomnie, l'orgueil, la folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans, et souillent l'homme » (Marc 7:15-23).

      Et Paul, à propos de la tolérance en matière d’habitudes alimentaires, conclut : « Car le royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit » (Romains 14:17).

      Ce qui précède doit avoir un écho dans l’esprit des saints des derniers jours. Nous payons également la dîme et nous nous sommes engagés à respecter la Parole de Sagesse ainsi qu’à faire l’œuvre pour les morts, à remplir nos responsabilités dans l’Église, etc. Il ne s’agit naturellement pas ici de minimiser la nécessité de respecter ces observances, mais de leur attribuer la place qui leur revient réellement dans la vie d’un disciple du Christ. Comme le dit le Maître : « C'est là ce qu'il fallait pratiquer (les vertus évangéliques), sans négliger les autres choses (telles que la dîme, etc.). » C’est bien d’être minutieux dans le respect de la dîme, du jeûne ou de la Parole de Sagesse à condition de l’être tout autant dans l’observance des règles que le Sauveur nous a données dans le sermon sur la montagne.


Un outil puissant : la prière

      Les Écritures et les dirigeants de l’Église ont beaucoup à dire sur la façon chrétienne de vivre nos relations avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres et, d’une manière générale, le bien-fondé de cet enseignement paraît évident à chacun. La véritable difficulté surgit quand il faut mettre ces beaux principes en pratique dans la vie courante. Autant il est facile de confesser son prochain autant il est difficile de se voir soi-même. De là le fossé qui existe souvent entre ce que le chrétien croit et ce qu’il pratique effectivement.

      Le miroir que nous présentent les autres dans la perception qu’ils ont de nous peut être un instrument d’évaluation utile, mais il est souvent rendu inefficace par nos réactions instinctives : l’exhortation peut être perçue comme concernant les autres et pas nous ; la réprimande directe peut nous vexer ou nous blesser. Dans les deux cas, le processus de repentir ou de correction de trajectoire ne s’enclenche pas. Le meilleur processus est le travail que l’on entreprend délibérément sur soi-même.

      La prière, bien utilisée, peut être un outil puissant dans la solution de ce problème crucial. Dieu n’a pas besoin de nos prières, mais nous, nous avons besoin de prier. Pourquoi ? Parce que la prière véritable, contrairement à la prière machinale, qui n’est qu’une répétition de formules que la routine a vidées de leur sens, est un dialogue avec Dieu. Or, pareil dialogue implique forcément un dialogue avec soi-même. Il n’est pas question ici de la prière à l’église ni même de la prière en famille, mais de la prière privée, celle dans laquelle on se confesse à Dieu, confession qui n’est possible que si l’on se confesse aussi à soi-même.

      La prière-dialogue aborde ainsi le processus que nous avons le plus de mal à entreprendre : faire un examen de conscience personnel quotidien, sans complaisance, sans excuses, mais aussi sans culpabilisation destructrice, un état des lieux où notre responsabilité personnelle trouve, avec autant de précision que possible, la place exacte qui lui incombe.

      La meilleure illustration de ce processus est ce qui se passe lors de l’envoi d’une fusée ou d’une navette dans l’espace. Les astronautes à bord du vaisseau spatial sont en communication constante avec leur base terrestre, faisant rapport, évaluant, corrigeant, recevant des instructions. La réussite de leur mission et de leur retour à bon port sur la terre en dépendent. Nous sommes, nous aussi, des astronautes. Nous avons débarqué sur une planète lointaine et, pour que notre mission soit une réussite, nous devons, nous aussi, rester en contact régulier avec notre base, qui est Dieu, pour faire rapport, évaluer, faire des rectifications de trajectoire en fonction de ce qui nous est recommandé.

      Vue dans cette optique, la prière peut être un processus en deux étapes dont la première est la prière du soir et la seconde, celle du matin.

      Pour être efficace, la prière du soir doit comporter deux volets, d’abord le dialogue avec soi-même, ensuite le dialogue avec Dieu. Le premier volet, le plus délicat, consiste à passer en revue les événements de la journée et à évaluer notre comportement dans les situations dans lesquelles nous nous sommes trouvés. Il exige de nous une connaissance suffisante des Écritures pour pouvoir instantanément avoir à l’esprit le principe concerné dans chaque situation. Il faut alors décider si notre attitude, dans chaque situation, a été celle que nous aurions adoptée si le Christ avait assisté à l’événement et nous avait observés. Il est indispensable de le faire honnêtement et équitablement, sans chercher d’excuses ni de faux-fuyants et sans autojustification. Notre jugement doit être celui-là même que nous passerions sur une autre personne ayant eu la même attitude que nous dans la même situation.

      Ayant confessé à nous-même, il devient alors important de passer au second volet, d’avouer à Dieu, de lui demander pardon et de demander son aide pour ne plus recommencer. Le fait de formuler les faits sous forme de phrases dans la prière contribue à donner corps à notre prise de conscience et est un pas important dans le processus de « correction de la trajectoire ».

      Il y a, chez tous les êtres humains, un sentiment de peur face à l’univers qui les entoure, sentiment qui suscite un déséquilibre et les pousse à rechercher instinctivement une prise de position rassurante. Admettre l’erreur, c’est recréer le déséquilibre, au moins temporairement, et plutôt que de chercher à retrouver l’équilibre en se corrigeant, on est souvent tenté de se replier sur des positions qui empêchent le déséquilibre de se produire, notamment en refusant d’admettre tout ce qui peut obliger à une remise en question. On ferme donc les portes, on se refuse à regarder et à écouter, on élimine le dialogue avec soi-même. Plus les années passent, plus il devient difficile d’entreprendre ce dialogue, car la crainte d’ouvrir des portes longtemps fermées grandit avec l’inconnu qui s’accumule derrière elles au fil des années.

      C’est là que l’exercice quotidien de l’introspection, du dialogue avec soi-même dans le cadre de la prière, trouve sa raison d’être. Répété chaque jour, trois cent soixante-cinq fois par an, il va graduellement entrouvrir toutes ces portes. L’habitude prise, les choses deviennent plus faciles.

      La prière du matin, dans laquelle on reprend la conversation de la veille, constitue l’indispensable suivi. Elle est l’occasion de demander l’aide de Dieu au cours de la journée pour ne plus commettre, au cours de la journée qui commence, l’erreur ou les erreurs qui ont fait l’objet de la confession du soir précédent et pour effectuer les correctifs nécessaires (obtenir le pardon ou la réconciliation, réparer, etc.).


Conclusion

      La nouvelle naissance, telle que l’envisage le Christ, consiste en une réforme profonde et permanente de soi-même sous l’action d’un « grand changement de cœur », pour s’aligner sur les principes enseignés par le Christ, dans une volonté de communion avec Dieu et avec le Saint-Esprit et dans le désir d’aimer sincèrement et véritablement son prochain comme soi-même. Elle est au cœur même de l’Évangile et est indispensable au salut.




hibou ecrit 04 Livres Canoniques

Le baptême pour les morts



Marc-Olivier Ritzi



En finir avec un mythe

     La question du baptême pour les morts, tel qu'il est pratiqué dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, a fait l'objet de commentaires de toutes sortes. Il y a quelque temps de cela, j’ai regardé une émission télévisée dont le thème était « les mormons ». Le sujet du baptême pour les morts a été abordé, et on a demandé à l'un des présentateurs d'expliquer comment les saints des derniers jours baptisent leurs ancêtres. Avec le plus grand sérieux du monde, il a répondu que les mormons mettent sur microfilms les noms de leurs ancêtres, puis vont dans leur temple. Là, ils placent un bac rempli d'eau devant eux, et après une brève incantation, immergent la bobine. « Et voilà, conclue le speaker. C'est ainsi que les mormons baptisent cent mille personnes d'un coup. »

     Lorsque j’ai entendu cela, je n’en ai pas cru mes oreilles. J’avais le choix entre la consternation et le rire…

     Pourtant, l'émission était réputée sérieuse. Aujourd’hui, je me demande encore d’où est venue cette idée saugrenue de tremper une bobine dans de l'eau. On est d’ailleurs en droit de s'inquiéter de la qualité de l'information diffusée par certains milieux journalistiques, si tous les sujets sont traités avec si peu de professionnalisme.

     Quoi qu'il en soit, la question mérite qu'on s'y arrête : ceux qui connaissent l’existence d’un baptême pour les morts chez les saints des derniers jours ne comprennent que très rarement en quoi il consiste précisément, sur quels principes théologiques il repose, et quel lien il peut avoir avec chacun d’entre eux. 

     J'aborderai le sujet du baptême et de sa nécessité dans le salut de l'humanité, puis aborderai un sujet plus eschatologique : l'enseignement de l'Évangile aux esprits des défunts, en relation avec la pratique du baptême pour les morts.


La nécessité du baptême

     Commençons par le baptême conventionnel, celui pratiqué par la plupart des Églises chrétiennes, y compris l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

     Le mot « baptême » est tiré du latin baptisma, lui-même issu du verbe baptizarequi signifie littéralement « immerger ». Les premier Chrétiens étaient baptisés par immersion (pléonasme, puisque étymologiquement parlant, un baptême est une immersion). Cet acte religieux comporte, pour les saints des derniers jours, des symboles et une alliance :

·         il symbolise la mort, l'ensevelissement et la résurrection du Christ ;

·         il symbolise notre propre mort et résurrection ;

·         il symbolise la « mort » de l'homme naturel, de l’homme pécheur, et la « naissance » de l'homme spirituel en Christ ;

·         nous promettons de prendre sur nous le nom du Christ, de garder ses commandements et de le servir jusqu’à la fin ;

·         Dieu nous promet de pardonner nos péchés sous condition de repentir sincère, et de nous remettre le don du Saint-Esprit.

     Le Christ a enseigné que le baptême était une étape indispensable pour entrer dans le royaume de Dieu et retourner vivre avec lui. Il a dit à Nicodème :

     (...) En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.  (Jean 3:5)

     Le baptême n'est pas une alternative facultative pour qui veut s'assurer une place auprès du Père dans le monde à venir, pas plus qu'une voie comme une autre pour entrer dans l'Église du Christ. Bien que le baptême, en soi, ne garantisse pas le bonheur éternel, il est néanmoins nécessaire à son obtention.

     A l'issue du discours de Pierre lors de l'événement miraculeux de la Pentecôte, l'invitation au baptême a été réitérée :

     (...) Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit.(Actes 2:38)

     Le baptême revêt une telle importance dans le plan de Dieu que Jésus lui-même fut baptisé pour accomplir « ce qui est juste » (Matthieu 3:15) et que Paul rebaptisa douze hommes (voir Actes 19:1-7) car l'origine de leur premier baptême était douteuse : ils déclaraient avoir été baptisés du baptême de Jean, mais n'avaient jamais même entendu parler du Saint-Esprit - chose étonnante lorsque l'on sait que ce thème était majeur dans la prédication du Baptiste. Paul les rebaptisa donc.

     Le Livre de Mormon insiste, lui aussi, sur l'importance de ce sacrement :

Néphi : C'est pourquoi, je voudrais que vous vous souveniez que je vous ai parlé de ce prophète que le Seigneur m'a montré, qui baptisera l'Agneau de Dieu, lequel ôtera les péchés du monde.

     Et maintenant, si l'Agneau de Dieu, qui est saint, a besoin d'être baptisé d'eau pour accomplir tout ce qui est juste, oh ! alors, à combien plus forte raison nous, qui ne sommes pas saints, avons-nous besoin d'être baptisé, oui, d'eau. (Néphi31:4-5)

Jésus : Et je vous le dis encore, vous devez vous repentir, et êtes baptisés en mon nom, et devenir semblables à un petit enfant, ou vous ne pouvez en aucune façon hériter le royaume de Dieu. (3 Néphi 11:38)


L'Évangile enseigné aux morts

     Comme nous l'avons vu, le baptême par immersion est un acte indispensable au salut de l'homme.

     Mais qu'en est-il de ceux qui, de leur vivant, n'en ont pas eu la possibilité ? Qu’en est-il des milliards d’être humains qui, depuis la création du monde, n’ont pas eu l'occasion de recevoir l’Évangile de Jésus-Christ ? Dieu les enverra-t-il en enfer ou leur refusera-t-il de son héritage, simplement parce qu'ils sont nés en un lieu et à une époque où l’Évangile de Jésus-Christ n’était pas annoncé ?

     Les Ecritures, à commencer par la Bible, enseignent que ceux qui n'ont pas entendu l'Évangile ici-bas auront cette occasion dans la vie à venir. Lorsqu’un être meurt, son esprit, son être spirituel, poursuit son existence de façon indépendante du corps. A la mort physique, le corps biologique meurt, mais pas l'esprit ; ce dernier est conscient, plus encore que nous le sommes dans un corps physique imparfait et limité. L’esprit de ceux qui meurent va en un lieu appelé lemonde des esprits. Dans ce monde des esprits, l'Évangile de Jésus-Christ est prêché à celles et ceux qui n'ont pas eu l’occasion de l’entendre alors qu’ils vivaient dans la chair. Pierre a enseigné :

     Christ aussi a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu, ayant été mis à mort quant à la chair, mais ayant été rendu vivant quant à l'Esprit,

     dans lequel aussi il est allé prêcher aux esprits en prison,

     qui autrefois avaient été incrédules lorsque la patience de Dieu se prolongeait, aux jours de Noé (...). (1Pierre 3:18-20)

     Car l'Évangile a été aussi annoncé aux morts, afin que, après avoir été jugés comme les hommes quant à la chair, ils vivent selon Dieu quant à l'esprit. (1 Pierre 4:6)

     Avant Pierre, Jésus lui-même avait annoncé :

     En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l'auront entendue vivront.(Jean 5:25)

     Les esprits en attente de leur résurrection entendent l'Évangile mais ne peuvent recevoir physiquement les sacrements du salut tels que le baptême. L'Évangile leur est prêché, mais le baptême ne peut être effectué qu'ici-bas, dans un monde physique où le symbolisme prend toute sa signification.

     Le baptême pour les morts, dit aussi baptême post-mortem, ou baptême par procuration, est le moyen par lequel les défunts peuvent recevoir ce sacrement. C’est dans le monde des esprits qu’ils reçoivent l’Évangile, mais ici-bas que le baptême est accompli pour eux.


La Bible et le baptême pour les morts

     Cette doctrine apparaît-elle dans la Bible ? En 1 Corinthiens 15:29, on lit :

     « Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ? »

     Bien entendu, hors contexte, ce verset n'appuie ni ne rejette la doctrine du baptême pour les morts. Paul ne semble ici faire qu'un constat : la futilité d'un tel sacrement s'il ne devait y avoir de résurrection. Cependant, cette constatation est faite au cours d’un long plaidoyer sur la résurrection. Peut-on imaginer Paul, cet éminent apôtre, s'appuyer sur un rite hérétique pour enseigner une doctrine essentielle : la réalité de la résurrection ? Ce point de vue ne me semble pas cohérent. Le détachement de Paul par rapport à « ceux qui se font baptiser pour les morts » ne signifie nullement que lui ou d'autres membres de l'Église ne l'aient pas pratiqué. Il peut faire référence à un événement précis, ou encore à une doctrine qui n'est pas encore connue et bien établie dans l'ensemble de l'Église.

     Les commentateurs de la Bible ne donnent que peu de renseignements à ce sujet :
     « Il est difficile de savoir ce qu’était ce baptême pour les morts. Les essais d’explication sont nombreux dans les commentaires. » (Crampon, 1923)

     « Allusion à une pratique dont la nature exacte nous échappe, mais dont les Corinthiens pensaient qu’elle profitait aux morts de quelque manière. » (Osty, 1973)

     « On ignore la nature exacte et le but de cette pratique. Paul ne porte pas de jugement sur sa valeur ; il constate qu’elle est absurde dans le cas où les morts ne ressuscitent pas. » (Traduction œcuménique de la Bible [TOB], édition intégrale, 1988)

     « Il est probable que certains croyants s'inquiétaient pour leurs parents, morts sans avoir reçu l'annonce de l'Évangile, et se faisaient baptiser en leur nom. Paul ne dit pas ce qu'il pense de cette pratique. Il s'en sert seulement pour réaffirmer la résurrection. » (La Bible des Peuples, Fayard, 1998)


Baptême post-mortem : pratiques et limites

     Le but du baptême pour les morts est de permettre aux personnes décédées sans connaître le Christ, son Évangile et les sacrements divins, de pouvoir se présenter devant la justice et la miséricorde de Dieu en toute équité.

     Sur sa pratique, je propose ci-dessous une série de questions auxquelles j’apporte une réponse :


Q : Où se pratique le baptême pour les morts ?

R : Dans les temples de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.Pendant une courte période de la première moitié du XIXe siècle, alors qu'aucun temple n'avait encore été construit pour administrer ce sacrement, il a été pratiqué dans des cours d’eau. Seuls les membres dignes de l’Église sont autorisés à entrer dans les temples et à être baptisés par immersion pour ceux qui ont quitté cette vie sans connaître l'Évangile.


Q : Comment se déroule un baptême pour les morts ?

R : Comme un baptême pour une personne vivante : par immersion. Le baptiseur et le baptisé descendent dans un bassin rempli d’eau, au niveau inférieur du temple, et le baptiseur immerge la personne qui représente le défunt. Il le fait au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Il agit en vertu de la prêtrise supérieure, ou prêtrise de Melchisédek.


Q : Pourquoi baptisez-vous à titre post-mortem ceux qui ont déjà été baptisés dans une Église chrétienne ?

R : Pour qu’un baptême soit reconnu par Dieu, il doit être pratiqué par immersion et doit être administré par quelqu’un qui en a reçu l’autorité. Cette autorité a été rétablie en 1829 par des messagers célestes.


Q : N'est-ce pas une façon d’imposer le baptême à nos ancêtres ?

R : Le baptême n'a d'effet sur le défunt que s’il accepte l’Évangile dans le monde des esprits et désire en recevoir les sacrements. La personne décédée est libre d'accepter ou de refuser le baptême accompli en sa faveur. Pour qu’un baptême soit valide, son bénéficiaire doit le désirer et l’accepter.

     En réalité, de nombreux esprits attendent depuis longtemps de recevoir le baptême accompli par procuration dans les temples construits à cette fin à notre époque et dans le passé. Les personnes qui s'opposent à ce qu'un de leurs ancêtres reçoive ce sacrement prennent le risque de faire un choix contraire à leur ancêtre, de freiner sa progression et de lui enlever ainsi sa liberté.


Q : Comment sait-on qu'un défunt a accepté l'Évangile dans le monde des esprits ?

R : Dieu seul le sait, à moins qu’il décide de le révéler. Notre rôle de membre de l’Église consiste à identifier nos ancêtres et à être baptisé pour eux par ceux qui en ont reçu l'autorité. Cela concerne tous ceux de nos ancêtres que nous pouvons identifier : le baptême est accompli pour tous, quelle qu’ait été leur vie. Le Seigneur jugera de la valeur du baptême administré en leur faveur, en fonction de leurs choix faits dans la chair et de leur désir d’accepter et de vivre dorénavant selon l’Évangile de Jésus-Christ. Il en est de même du baptême des vivants : ce n'est pas parce qu'on est baptisé qu'on vit à la hauteur de ce sacrement et qu'il sera nécessairement salvateur.


Q : J'ai appris qu'un de mes ancêtres avait reçu le baptême dans un temple mormon. Comment cela se fait-il, alors que je ne l'ai pas demandé ?

R : Parce qu’un autre de ses descendants, probablement membre de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, s'en est occupé.


Q : D'autres sacrements sont-ils pratiqués à titre post mortem dans les temples ?

R : Au temple, tous les sacrements dispensés aux vivants le sont également aux défunts. Quelle que soit la nature du sacrement, pour qu’un défunt le reçoive, des vivants doivent y travailler. Le défunt, quant à lui, ne bénéficie de l’œuvre accomplie en sa faveur que s’il le désire et l’accepte.


Une doctrine juste et miséricordieuse

     La doctrine de l'oeuvre pour les morts est le moyen préparé par le Seigneur de permettre à tous ses enfants de recevoir les bénédictions de son Évangile quels que soient l’époque et le lieu où ils auront vécu. Ce moyen à la fois juste et miséricordieux donne à chacun l’occasion d'accepter l’Évangile de Jésus-Christ et d’en recevoir les bénédictions.

     L’oeuvre pour le salut des défunts ne nous dispense pas de la responsabilité de vivre dès à présent selon l’Évangile du Christ, si l’occasion nous est offerte de le recevoir. On ne peut le rejeter consciemment ici-bas et en recevoir toutes les bénédictions dans l’au-delà.

     L’Évangile n’est pas non plus une formalité de dernière minute. Intégrer les enseignements du Maître pour se préparer à vivre en sa présence est l’affaire de toute une vie.
     Assurément, le plan de Dieu pour ses enfants comprend à la fois le présent et la vie à venir. Comme l’a écrit Paul aux Corinthiens :

     Si c'est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. (1 Corinthiens 15:19)




hibou ecrit 04 Livres Canoniques


Être baptisé par
quelqu’un détenant l’autorité



Marcel Kahne




      L’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours affirme sa croyance aux enseignements de la Bible. Elle affirme que, selon la Bible, tout homme doit être baptisé par quelqu’un détenant l’autorité de Jésus-Christ pour entrer dans le royaume de Dieu. La Bible est tout à fait claire là-dessus. Or, chose étrange, il apparaît que beaucoup dans le monde chrétien (qui est censé s’appuyer sur la Bible) estiment que le baptême n’est pas indispensable, pas plus que l’autorité pour agir au nom de Dieu.


La forme du baptême

      Le mot baptême et les diverses formes du verbe baptiser apparaissent 92 fois dans le Nouveau Testament. Précisons que le baptême, tel que le conçoit le Nouveau Testament, se fait par immersion (le verbe grec baptizein signifie immerger, couler) puisqu’il symbolise la mort et l’ensevelissement du pécheur et la nouvelle naissance à une vie (autant que possible) sans péché, c’est-à-dire l’engagement du nouveau chrétien à mener une vie dorénavant conforme aux enseignements du Sauveur.
      Les descriptions de baptêmes dans le Nouveau Testament donnent des détails qui confirment que le baptême se faisait bien par immersion :

« Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de tout le pays des environs du Jourdain, se rendaient auprès de lui [Jean-Baptiste] ; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain » (Matthieu 3:5-6).

« Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau » (Matthieu 3:16).

« Jean aussi baptisait à Énon, près de Salim, parce qu'il y avait là beaucoup d'eau » (Jean 3:23).

« Il fit arrêter le char ; Philippe et l'eunuque descendirent tous deux dans l'eau, et Philippe baptisa l'eunuque» (Actes 8:38).

      Les peintures et autres illustrations qui montrent Jésus et d’autres baptisés debout dans l’eau tandis que Jean-Baptiste leur verse un peu d’eau sur la tête non seulement vont à l’encontre de la vérité historique, mais vont à l’encontre du symbolisme voulu par ce rite :

« Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie » (Romains 6:4).

« … ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts » (Colossiens 2:12).


Le baptême était-il facultatif dans le Nouveau Testament ?

      Le cas du Christ devrait à lui seul régler la question :

« Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s'y opposait, en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi ! Jésus lui répondit : Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste. Et Jean ne lui résista plus » (Matthieu 3:13-15).

      Le Livre de Mormon fait très justement ce commentaire :

« Et maintenant, si l'Agneau de Dieu, qui est saint, a besoin d'être baptisé d'eau pour accomplir tout ce qui est juste, oh ! alors, à combien plus forte raison nous, qui ne sommes pas saints, avons-nous besoin d'être baptisés, oui, d'eau ! Et maintenant, je voudrais vous demander, mes frères bien-aimés, en quoi l'Agneau de Dieu a accompli tout ce qui est juste en étant baptisé d'eau ? Ne savez-vous pas qu'il était saint ? Mais malgré qu'il soit saint, il montre aux enfants des hommes que, selon la chair, il s'humilie devant le Père et témoigne au Père qu'il lui obéira en gardant ses commandements… Et encore : cela montre aux enfants des hommes combien est resserré le sentier et étroite la porte par où ils doivent entrer, lui-même leur ayant donné l'exemple » (2 Néphi 31:5-9).

      Jésus lui-même baptisait : « Après cela, Jésus, accompagné de ses disciples, se rendit dans la terre de Judée ; et là il demeurait avec eux, et il baptisait » (Jean 3:22). Jésus faisait-il quelque chose de facultatif ?
      Il ne faut pas perdre de vue le but du baptême : « Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés » (Marc 1:4). Si le baptême apporte la rémission des péchés, comment peut-on dire qu’il n’est pas nécessaire ?
      « Cette eau était une figure du baptême, qui n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus-Christ » (1 Pierre 3:21). Si le baptême sauve, peut-il être facultatif ?
      D’autres passages de l’Écriture qui vont dans le même sens : 

« Mais les pharisiens et les docteurs de la loi, en ne se faisant pas baptiser par lui, ont rendu nul à leur égard le dessein de Dieu » (Luc 7:30).

Commandement du Christ à ses apôtres : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28:19).

« Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas [et ne sera donc pas baptisé] sera condamné » (Marc 16:15-16).

« Après avoir entendu ce discours [de Pierre], ils eurent le cœur vivement touché, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Hommes frères, que ferons-nous? Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Actes 2:37-38).

« Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser » (Actes 8:12).

« Alors Pierre dit : Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? Et il ordonna qu'ils fussent baptisés au nom du Seigneur. Sur quoi ils le prièrent de rester quelques jours auprès d'eux » (Actes 10:46-48).

« Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi, sois baptisé, et lavé de tes péchés, en invoquant le nom du Seigneur » (Ananias à Paul - Actes 22:16).

« Il nous a sauvés, non à cause des oeuvres de justice que nous aurions faites, mais selon sa miséricorde, par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit » (Tite 3:5).

« Alors le geôlier, ayant demandé de la lumière, entra précipitamment, et se jeta tout tremblant aux pieds de Paul et de Silas ; il les fit sortir, et dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Paul et Silas répondirent : Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta famille. Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, ainsi qu'à tous ceux qui étaient dans sa maison. Il les prit avec lui, à cette heure même de la nuit, il lava leurs plaies, et aussitôt il fut baptisé, lui et tous les siens. (Actes 16:29-33).

      Ces citations, et d’autres que nous ne mentionnons pas pour ne pas alourdir inutilement cet article, ne laissent aucun doute sur le caractère obligatoire du baptême. On ne voit pas comment il serait possible à la fois de se réclamer de la Bible et de déclarer que le baptême est facultatif.


Faut-il être autorisé pour pratiquer un baptême ?

      Si je voulais faire une perquisition dans une maison ou diriger la circulation, on me demanderait à coup sûr : « Par quelle autorité ? » Dans notre société, il n’est pas question que n’importe qui fasse n’importe quoi. Dans chaque cas, il faut être mandaté par une autorité reconnue. Curieusement, beaucoup de gens ne voient pas la nécessité d’être mandaté de la sorte quand il s’agit de religion et trouvent parfaitement normal que la maison de Dieu soit une maison de confusion et non une maison d’ordre.
      Les contemporains de Jésus, eux, n’étaient pas aussi désinvoltes que les nôtres : « Jésus se rendit dans le temple, et, pendant qu'il enseignait, les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple vinrent lui dire : Par quelle autorité fais-tu ces choses, et qui t'a donné cette autorité? » (Matthieu 21:23).
      Avec le même bon sens, Paul écrit : « Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru ? Et comment croiront-ils en celui dont ils n'ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler, s'il n'y a personne qui prêche ? Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés ? » (Romains 10:14-15).
      Sur la fonction de souverain sacrificateur, Paul écrit : « Nul ne s'attribue cette dignité s'il n'est appelé de Dieu, comme le fut Aaron. Et Christ ne s'est pas non plus attribué la gloire de devenir souverain sacrificateur, mais il la tient de celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, Je t'ai engendré aujourd'hui ! Comme il dit encore ailleurs : Tu es sacrificateur pour toujours, selon l'ordre de Melchisédek » (Hébreux 5 :4-6).


Comment Aaron a-t-il été appelé ?

      Dieu dit à Moïse :

« Fais approcher de toi Aaron, ton frère, et ses fils, et prends-les parmi les enfants d'Israël pour les consacrer à mon service dans le sacerdoce : Aaron et les fils d'Aaron, Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar… Tu feras avancer Aaron et ses fils vers l'entrée de la tente d'assignation, et tu les laveras avec de l'eau. Tu revêtiras Aaron des vêtements sacrés, tu l'oindras, et tu le sanctifieras, pour qu'il soit à mon service dans le sacerdoce. Tu feras approcher ses fils, tu les revêtiras des tuniques, et tu les oindras comme tu auras oint leur père, pour qu'ils soient à mon service dans le sacerdoce. Cette onction leur assurera à perpétuité le sacerdoce parmi leurs descendants» (Exode 28 :1 ; 40 :13-15).

      Ainsi, Aaron et ses fils ont été appelés sur révélation de Dieu à Moïse, à qui il avait conféré l’autorité de prophète et ils ont été lavés, vêtus et oints, une pratique dont on trouve le prolongement dans notre 5e article de foi :

« Nous croyons que l'on doit être appelé de Dieu par prophétie, et par l'imposition des mains de ceux qui détiennent l'autorité, pour prêcher l'Évangile et en administrer les ordonnances. »

      Cette notion que l’on ne peut agir au nom de Dieu qu’en étant mandaté par lui (directement ou indirectement par l’intermédiaire de ses serviteurs) s’applique à de nombreux personnages bibliques :

Moïse : « Dieu dit : Je serai avec toi ; et ceci sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie : quand tu auras fait sortir d'Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. Moïse dit à Dieu : J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous. Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle « je suis » m'a envoyé vers vous. Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël : L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération » (Exode 3:12-15).

Ésaïe : « J'entendis la voix du Seigneur, disant : Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? Je répondis : Me voici, envoie-moi. Il dit alors : Va » (Ésaïe 8:9).

Jérémie : « La parole de l'Éternel me fut adressée, en ces mots : Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations » (Jérémie 1:4-5).

Jean-Baptiste : « Celui qui m'a envoyé baptiser d'eau, celui-là m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise du Saint-Esprit » (Jean 1:33).

Jésus : Dans l’évangile selon Jean, le Christ utilise 25 fois l’expression « celui / le Père / qui m’a envoyé ».

Paul : « Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l'Évangile de Dieu » (Romains 1:1). « C'est pourquoi j'écris ces choses étant absent, afin que, présent, je n'aie pas à user de rigueur, selon l'autorité que le Seigneur m'a donnée pour l'édification et non pour la destruction » (2 Corinthiens 13:10).

Les apôtres : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne » (Jean 15:16). « Jésus leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie… Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jean 20:21).

Pierre : « Je [le Christ] te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16:19).

Barnabas et Saul : « Pendant qu'ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir » (Actes 13 :2-3).

Paul, Barnabas, Jude et Silas : « Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, et à toute l'Église, de choisir parmi eux et d'envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabas, Jude appelé Barsabas et Silas, hommes considérés entre les frères. Ils les chargèrent d'une lettre ainsi conçue : Les apôtres, les anciens, et les frères, aux frères d'entre les païens, qui sont à Antioche, en Syrie, et en Cilicie, salut ! Ayant appris que quelques hommes partis de chez nous, et auxquels nous n'avions donné aucun ordre, vous ont troublés par leurs discours et ont ébranlé vos âmes, nous avons jugé à propos, après nous être réunis tous ensemble, de choisir des délégués et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul… » (Actes 15:22-25).

Timothée : Paul écrit à Timothée : « Je t'exhorte à ranimer le don de Dieu que tu as reçu par l'imposition de mes mains » (2 Timothée 1:6).

      C’est Dieu qui a établi les autorités de l’Église :

« Et Dieu a établi dans l'Église premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs, ensuite ceux qui ont le don des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues » (1 Corinthiens 12 :28).

« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs… afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction » (Éphésiens 4:11, 14).

      Certains avaient l’autorité de baptiser, mais pas de conférer le Saint-Esprit :

« Philippe [choisi comme diacre, Actes 6:1-6], étant descendu dans la ville de Samarie, y prêcha le Christ. Les foules tout entières étaient attentives à ce que disait Philippe, lorsqu'elles apprirent et virent les miracles qu'il faisait. Car des esprits impurs sortirent de plusieurs démoniaques, en poussant de grands cris, et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. Et il y eut une grande joie dans cette ville… Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci, arrivés chez les Samaritains, prièrent pour eux, afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit. Car il n'était encore descendu sur aucun d'eux ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit » (Actes 8:5-8, 14-17).

      Seul un baptême bien déterminé est valable :

« Pendant qu'Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir parcouru les hautes provinces de l'Asie, arriva à Éphèse. Ayant rencontré quelques disciples, il leur dit : Avez-vous reçu le Saint-Esprit, quand vous avez cru ? Ils lui répondirent : Nous n'avons pas même entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. Il dit : De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Et ils répondirent : Du baptême de Jean. Alors Paul dit : Jean a baptisé du baptême de repentance, disant au peuple de croire en celui qui venait après lui, c'est-à-dire, en Jésus. Sur ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Lorsque Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit vint sur eux, et ils parlaient en langues et prophétisaient » (Actes 19:1-6).

      La Bible condamne clairement ceux qui agissent au nom de Dieu sans avoir été mandatés :

« C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel Sur les prophètes qui prophétisent en mon nom, Sans que je les aie envoyés, Et qui disent : Il n'y aura dans ce pays ni épée ni famine : Ces prophètes périront par l'épée et par la famine… Je n'ai point envoyé ces prophètes, et ils ont couru ; Je ne leur ai point parlé, et ils ont prophétisé » (Jérémie 14:15, 23:21).

« Quelques exorcistes juifs ambulants essayèrent d'invoquer sur ceux qui avaient des esprits malins le nom du Seigneur Jésus, en disant : Je vous conjure par Jésus que Paul prêche ! Ceux qui faisaient cela étaient sept fils de Scéva, Juif, l'un des principaux sacrificateurs. L'esprit malin leur répondit : Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ? Et l'homme dans lequel était l'esprit malin s'élança sur eux, se rendit maître de tous deux, et les maltraita de telle sorte qu'ils s'enfuirent de cette maison nus et blessés » (Actes 19 :13-16).

      Nous ne pouvons terminer cette liste sans mentionner celui qui a donné son nom à une pratique pécheresse à laquelle beaucoup eurent recours pendant les siècles qui suivirent, la simonie :

« Il y avait auparavant dans la ville un homme nommé Simon, qui, se donnant pour un personnage important, exerçait la magie et provoquait l'étonnement du peuple de la Samarie. Tous, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, l'écoutaient attentivement, et disaient : Celui-ci est la puissance de Dieu, celle qui s'appelle la grande. Ils l'écoutaient attentivement, parce qu'il les avait longtemps étonnés par ses actes de magie. Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même crut, et, après avoir été baptisé, il ne quittait plus Philippe, et il voyait avec étonnement les miracles et les grands prodiges qui s'opéraient… Lorsque Simon vit que le Saint-Esprit était donné par l'imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l'argent, en disant : Accordez-moi aussi ce pouvoir, afin que celui à qui j'imposerai les mains reçoive le Saint-Esprit. Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s'acquérait à prix d'argent ! » (Actes 8:5-20).

      Et Paul de conclure logiquement : « Car ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé, c'est celui que le Seigneur recommande » (2 Corinthiens 10:18).


Conclusion

      Le fait que le baptême doit être fait par quelqu’un qui détient l’autorité divine débouche forcément sur une notion fort impopulaire à notre époque, à savoir qu’il n’y a qu’une seule véritable Église. Le Christ a dit : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent » (Matthieu 7:7). Nos contemporains voudraient faire de l’étroit chemin une autoroute où tous les systèmes religieux et philosophiques conduiraient à Dieu. Certains courants du christianisme leur emboîtent le pas parce que l’absence, dans leur système doctrinal, de dispositions pour les myriades d’individus qui n’ont pas ou n’ont pas eu la possibilité de se faire baptiser par quelqu’un détenant l’autorité les amène à adopter cette position non biblique mais laissant une chance à tout le monde. Nous, saints des derniers jours, avons, grâce à la révélation moderne, un système qui respecte à la fois les exigences de l’Écriture sainte et les exigences élémentaires de la justice envers tous (voirL’homme : un corps et un esprit). Nous n’en serons jamais assez reconnaissants à Dieu.

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